Le soleil, haut dans un ciel à peine parsemé de nuages, n'allait pas tarder à atteindre son zénith. Un vent frais soufflait du nord, apportant sa bienfaisance sur leur peau perlée de sueur. Le groupe marchait depuis qu'il était parti, aux premières lueurs de l'aube.
Christophe et Samya avaient réveillé les filles juste après leur découverte, puis ils avaient décidé d'attendre l'aube pour se mettre en route. Il était inutile de prendre des risques à marcher sans lumière dans ces contreforts rocheux.
L'idée qu'une civilisation les attendait là-bas les avaient maintenus éveillés tout le reste de la nuit. Car comment expliquer cette aura diffuse autrement que par les lumières d'une ville ? Elle était trop pâle pour correspondre à des flammes, qu'il s'agisse d'un incendie ou de lave d'un volcan. Les fluctuations qui l'animaient prêtaient certes à interprétation, mais il s'agissait manifestement d'une activité artificielle. La nature ne générait pas d'effet lumineux de cette sorte, sauf peut-être en ce qui concernait les aurores boréales, mais ils ne pensaient pas être aux pôles, la température était trop douce pour cela.
Quoique, maintenant qu'il avait eu tout ce temps pour réfléchir, Christophe se posait la question. Sur terre, il y avait bien eu des périodes de réchauffement qui avaient amené la jungle aux portes des pôles. Peut-être était-ce le cas ici ?
Mais non, se dit-il finalement, sinon il y aurait un effet sur la durée des alternances jour/nuit. A moins que la planète n'ait pas un axe incliné par rapport au soleil ? Était-ce possible ?
Le doute l'irrita et, voyant le haut du col qu'il visait depuis cinq heures à quelques centaines de mètres, il accéléra le pas.
Julie le dépassa soudain en courant : « Le dernier en haut paie sa tournée ! » hurla-t-elle en défi.
Et tous de courir à sa suite, aiguillonnés par le suspense qui les tenaillaient depuis des heures.
« C'est pas juste ! » s'écria Kim en riant.
Elle fut distancée après à peine quelques foulées, gênée par le sac à dos qu'au fur et à mesure du temps elle avait empli des diverses herbes et racines ayant attisées sa curiosité. Elle n'avait pas le temps de les étudier, mais elle les conservait.
Depuis les sept semaines qu'ils avaient passés dans cette jungle, elle s'était affinée et avait acquis une certaine endurance, mais elle était loin d'égaler les autres malgré tout. Elle les suivait à distance donc, sans chercher à faire la course. Quels que soit les efforts qu'elle pourrait fournir, elle resterait ce qu'elle était : la plus petite et... la plus voluptueuse comme avait dit une fois Christophe. Elle aimait bien ce terme, il avait su la réconcilier avec ce qu'elle pensait de son corps.
Elle les vit arriver les uns après les autres, Julie toujours en tête, et s'arrêter en haut de la crête, pour contempler silencieusement ce qu'ils surplombaient.
« Quoi ? Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? » Demandait-elle tout en grimpant aussi vite qu'elle pouvait.
Et finalement, arrivée à leur hauteur, elle se figea tout comme eux. Elle contemplait un spectacle dont elle n'avait jamais vu l'égal, ni dans ses rêves, ni dans ses cauchemars.
Cela avait dû être une ville, une très grande ville. Une cité faite de maisons en pierre de taille, de palais immenses et de hautes tours. A présent, cela n'était plus que ruines, ruines et chaos, même si « chaos » n'était pas le terme exact. Mais quel autre mot aurait pu décrire ces flots de lumières qui parcouraient anarchiquement les rues désertes, les maisons éventrées, les tours écroulées. Des flots d'ondes multicolores, comme portés par des vents contraires, s'affrontaient, se liaient, s'ignoraient pour donner naissance à des chatoiements soudains, à de vifs éclats iridescents qui s'éparpillaient en volutes torturés.
Des jardins qui avaient dû s'étaler sur de nombreux hectares, il ne restait plus rien si ce n'était des fontaines de pierres et quelques murets effondrés. La nature avait fuit les lieux, ne laissant qu'une terre stérile et desséchée dans toute la vallée. Seuls certains îlots subsistaient, des îlots mouvants, agités au gré des flux lumineux, des touffes de nature abstraite, de végétation improbable, qu'on pouvait croire vivante tant elle était vivace.
Kim retint son souffle, abasourdie par les émotions contraires qui l'assaillaient. C'était magnifique et terrifiant à la fois. Elle ressentait une forte impression de désolation, de destruction totale, de souillure, mélangées à une sensation qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant, hormis peut-être, en beaucoup plus discret, lorsqu'elle avait contemplé la déchirure verte que les sbires d'Asha avaient utilisée comme portail. C'était quelque chose de vif et mouvant, pas vraiment vivant mais présent, dynamique. Quelque chose d'hypnotique, captivant, étrangement enivrant.
La magie ! C'était ça la magie ! Rien de comparable avec ce monde spirituel dont lui parlait parfois sa mère.
Elle mit la main sur l'avant bras de Christophe, comme pour ne pas se noyer dans cette vision, et le chatouillis de sa pilosité hérissée la ramena au réel. Elle réalisa qu'elle même avait tous les poils de son corps dressés, même ses cheveux semblaient vouloir s'éloigner les uns des autres.
« Y'a du mouvement ! déclara Christophe en plissant les yeux.
- Tu m'étonnes ! répondit Julie
- Non, je veux dire : en dehors de ces flux de lumières, je crois qu'il y a des trucs qui bougent, vers la maison en ruine, à droite de la grande tour blanche ».
Elles reportèrent toutes leur attention vers ce point à plus d'un kilomètre sur leur droite. Il semblait en effet y avoir quelque chose là-bas. A bien observer, il s'agissait d'un mouvement répétitif, comme un voile sombre qui se déplacerait toujours dans le même sens, entre deux parois en ruine.
« C'est trop loin pour qu'on voit ce que c'est, releva Julie. Ça peut aussi être des jeux de lumière.
- Ouais... je sais pas trop. » Christophe hésitait, autant sur la nature de ce qu'il voyait que sur ce qu'il fallait faire. « Il faudrait se rapprocher pour voir de quoi il s'agit.
- C'est de la magie, intervint Kim. Ça me fait... un peu peur ».
Bagheera, tassée prudemment aux pieds d'Ève, semblait assez d'accord avec l'opinion de la jeune asiatique.
« Oui, ça peut être dangereux, admit Christophe. Mais il y a des endroits qui sont épargnés par les flux lumineux. Si on rejoint la grande route là-bas » Il pointait du doigt une route pavée plus loin au sud « on pourra remonter et arriver un peu derrière la tour blanche. A partir de la petite élévation on pourra voir de quoi il s'agit. Non ? »
Les filles s'entre-regardèrent, indécises.
« Qu'est-ce qu'y aurait de bien à faire ça ? s'inquiéta Samya. Ça a l'air abandonné.
- J'avoue que c'est plus de la curiosité qu'autre chose, concéda-t-il. Mais on pourrait peut-être récolter des informations, entre autre sur le type de... créatures qui vivaient dans cette ville. Au moins pour voir s'il s'agit d'êtres humains, s'ils sont du même genre que les guerriers d'Asha...
- Et il reste peut-être des trucs utiles aussi , ajouta Ève. On n'a plus que des loques pour s'habiller, les haches sont émoussés... »
Julie fit une moue dubitative : « Pour les vêtements, j'ai des doutes... Mais c'est vrai qu'on peut trouver des trucs intéressants ».
Christophe interrogea Kim du regard.
Elle haussa les épaules et eut un soupir peu convaincu : « Moi je vous suivrais. Mais j'ai pas envie d'y aller... Je le sens pas.
- Je dis comme Kim, approuva Samya. Pourquoi on prendrait pas la grosse route ? Ça mène sûrement quelque part. Et puis si on descend par là... on peut jeter un coup d'œil de loin... On verra un peu avant de se décider.
- T'as raison, approuva Christophe. On fait un détour pour arriver sur la route sans croiser de phénomène lumineux, et on essaye de choper un bon point de vue. Après on avisera. OK ? »
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Vierge de sang
FantasíaÈve courait, comme jamais elle n'avait couru. Elle sentait le terrain sous ses foulées, savait instinctivement où poser les pieds, elle était comme le vent qui file entre les arbres. Elle percevait avec une précision incroyable toutes les odeurs qui...
