Chapitre 33 - La magie du monde

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Cela faisait trois semaines que le petit groupe de Christophe avait élu domicile parmi les Nesqs, la tribu dans laquelle Abo avait des liens de parenté. Ils attendaient le retour d'Ève, partie avec l'expédition chargée de punir ceux qui avaient détruit le village kokori et libérer ceux qu'ils avaient emmenés en esclavage.

La vie dans ce village d'un peu plus de cinq cent personnes était douce. La méfiance à leur égard n'avait durée que le temps pour le chef du village de s'assurer qu'ils n'étaient pas des membres des clans shoakss.

Les Shoakss formaient un peuple comprenant de nombreux clans, qui vivaient dans le bas des montagnes, dans des villes principalement souterraines. Ces cités s'étaient développées sur les anciennes mines du vieil empire, dont les travailleurs étaient devenus indépendants lors de la chute des sorciers. Ils avaient ensuite peu à peu formé des clans, belliqueux et âpres aux gains, qui faisaient la guerre aux tribus des vallées uniquement pour se fournir en esclave.

Le chef des Nesqs s'appelait Inüh. Grand pour son peuple, presque un mètre soixante dix, il avait une légère tendance à l'embonpoint et un sourire contagieux. Il avait rapidement perdu ce sourire lorsqu'Abo avait raconté les évènements récents, puis il s'était mis a pleurer, imité par l'ensemble des indigènes présents.

Lorsque la vieille femme raconta comment le petit groupe d'étrangers était intervenu et avait tué cinq de leurs ennemis, chacun d'entre eux fut embrassé, caressé et choyé. Il y eut des présentations, des échanges de civilités, pour la plupart incompréhensibles, si ce n'était que Christophe avait compris être considéré comme un chef de tribu, même si sa tribu ne comportait que cinq membres.

Iiyabi fut prise en charge par un étrange petit bonhomme d'à peine un mètre cinquante, aux longs cheveux gris dont l'unique natte lourde était maintenue par un large peigne en bois noir, gravé d'une paire d'yeux verts. Ils apprirent plus tard qu'il s'agissait d'un chamane, au titre de khohu. Il avait un visage tout ridé, agrémenté de quelques filets de barbes qui pendaient sous son menton, et les yeux doux, d'un gris très clair. Il avait posé la main sur le front de la blessée, qui s'était aussitôt endormie, puis il avait appelé plusieurs femmes, pour la porter dans une hutte un peu à l'écart, une des rares huttes closes, dont la tenture fut relevée par une femme sculpturale, un peu plus grande que le khohu. Christophe n'avait fait que l'entrevoir, mais ce qu'il en retint fut le regard intense et inquisiteur qu'elle avait lancé à la volée, pendant qu'on introduisait Iiyabi dans sa hutte. Elle s'appelait Jaïba, et elle aussi pratiquait la magie, avait-il appris plus tard, mais c'était une magie de femme, contrairement au khohu et au kiyé qui pratiquait une magie d'homme.

Après ce premier contact, le groupe avait appris à connaître petit à petit tous les habitants de cet univers dans lequel il avait fait irruption. Même si leurs us et coutumes leurs étaient totalement étrangers, même s'ils étaient comme des sauvages pour eux, c'était la civilisation, comparé aux mois de jungle que les égarés venaient de vivre. C'était des êtres humains, chaleureux, vivants, et cela leur donnait du baume au cœur, même si souvent ils pensaient à Ève, qui leur manquait, et pour laquelle ils s'inquiétaient.

Il y avait de la place dans le village et on leur avait offert d'habiter dans une des huttes fermées, par une sorte de rideau de perles et de tissu, alors que la plupart des familles semblaient vivre dans des huttes ouverte vers l'intérieur du village. Ils apprirent ensuite que c'était une marque de respect à leur égard, marque que la tribu accordait à tout voyageur étranger, même s'il n'y en avait pas souvent, pour leur éviter d'être le sujet de la curiosité parfois envahissante des habitants.

Inüh, le chef, semblait être un homme pondéré, écoutant plus qu'il ne parlait. Il portait autour du cou un collier de petites statuettes d'ivoire, censées représenter tous les protecteurs du village, et il y en avait beaucoup ; des esprits de la nature pour la plupart, mais aussi des dieux, dont Aorila. Il portait également une sorte de coiffe, en bois sombre et tissu bordeaux, qui relevait sa chevelure au-dessus de sa tête en une touffe chaotique, enduite d'huile parfumée et parsemée de plumes d'oiseau, qu'il changeait régulièrement, au gré de l'humeur de ses femmes. En dehors de ces signes, rien ne le distinguait des autres villageois. Il portait comme eux un pagne, un fourreau avec un couteau, et avait quelques tatouages tribaux répartis sur le corps.

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