78 ap. JC. Province impériale de Lycie-Pamphylie. Une gladiatrice, deux sœurs. Les mirages de l'arène, la haine de l'Empire. Une rencontre entre deux mondes, celui des esclaves et des hommes libres. Des jougs à secouer. Une liberté à conquérir.
Mai...
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Julia et Gaïa ne se quittaient pas du regard. L'une savait très exactement où se trouvait l'autre, et l'autre sentait presque magiquement la présence de sa sœur dans son dos si elle s'y trouvait.
La première partie de leur chevauchée s'était déroulée sans anicroches. Elles avaient facilement débusqué les loups et les avaient repoussés vers le sommet de la colline la plus au nord.
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Julia montait une jument aussi imposante que l'était Tempestas. Bruna avait les sabots monstrueusement larges, recouverts d'une épaisse touffe de crins qui tombaient de l'extrémité de ses antérieurs et de ses postérieurs. Sa robe brune, presque noire lui avait valu son nom. La jument n'acceptait d'être montée que par Julia. Julia la gardait à Patara où elle avait loué un petit enclos à son intention. Elle passait la voir presque tous les jours et s'amusait à la monter pour le plaisir, même si elle ne sortait pas de l'enclos. Mais Bruna se montrait si ombrageuse que, quand la jeune femme s'absentait, on envoyait la jument au Grand Domaine et on la lâchait dans une prairie clôturée.
La taille imposante des deux chevaux, la dextérité et les cris des deux jeunes femmes provoquèrent la débandade parmi les loups et elles atteignirent sans peine au sommet de la colline. Sans s'arrêter, elles avaient, comme Marcia l'avait fait, coincé leurs rênes sous l'arçon de leur selle. Elles pouvaient guider leur cheval en exerçant de simples pressions du genou et du talon. Julia les avait ainsi dressés elle-même après qu'ils eussent été débourrés par un professionnel.
Caïus Metellus Varillia leur avait appris à monter ainsi. À la manière des Scythes et des Parthes
— On ne mène pas sa monture avec les mains, mais avec les cuisses. Les centaures ne sont pas issus de la mythologie, ce sont juste de véritables cavaliers. Les archers montés parthes sont des centaures. Vous ne serez jamais de bonnes cavalières si vous ne savez pas monter sans utiliser vos mains, avait-il souvent coutume de répéter à ses filles.
Il les faisait monter les mains croisées sur la poitrine. L'exercice avait pour objectif de fortifier les muscles de leurs cuisses. Un cavalier devait tenir fermement sa monture entre ses jambes, savoir le guider par la seule pression qu'il exerçait sur ses flancs. De bons muscles lui assuraient surtout de rester en selle. Il avait engagé un Parthe pour leur servir de maître d'équitation et quand les jeunes filles s'étaient passionnées pour le tir à l'arc, cet apprentissage leur avait permis d'espérer tirer à dos de cheval. D'abord à l'arrêt, puis au pas, et enfin au galop, qu'il fût rassemblé, en petites foulées ou allongé, en grandes foulées.
Elles s'armèrent alors.
Elles parcouraient la colline sur presque toute sa largeur et descendaient petit à petit. Après avoir basculés sur l'autre versant, les loups se mirent à courir en ordre dispersé et cela leur compliqua la tâche. Les cibles étaient agitées de mouvements erratiques et beaucoup de flèches se perdirent. Et puis, les loups, à l'appel de l'un d'entre eux, se regroupèrent et se réorganisèrent. Elles ne chassèrent plus des individus, mais une meute organisée.