Chapitre CXXVIII : Oublier Claudius Numicius Silus

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Silus.

Aeshma avait tenu sa promesse et Enyo avait strictement appliqué les ordres de sa meliora. Personne n'avait approché le grand centurion sinon Gallus et Enyo. La jeune Sarmate avait dispensé Ishtar de cette tâche. La jeune fille était trop jeune, trop innocente. Enyo se méfiait de cet homme de quarante ans. De sa violence et de son esprit retors. Gallus était gentil, mais c'était un gladiateur d'expérience, un homme. Aeshma aurait approuvé. Ajax s'était proposé pour les relayer, Enyo avait refusé. Gentiment, mais fermement. Le secutor n'avait pas insisté, seulement assuré à la thrace qu'il se tenait à sa disposition si elle avait besoin de quoique ce fût :

— Même pour t'apporter les repas ou pour venir te border le soir.

Enyo avait froncé les sourcils. Ajax avait ri.

— Tu es une jolie femme, Enyo.

La thrace s'était renfrognée. Ajax lui avait donné une bourrade amicale.

— Je plaisante, la rassura-t-il. Mais si tu as besoin de quelque chose n'hésite pas.

Enyo l'avait remercié. Elle respectait beaucoup Ajax. Un gladiateur qu'elle avait toujours trouvé impressionnant sur le sable.

Silus avait ricané quand il avait vu à quels gardiens l'avait confié la Gladiatrice Bleue. Deux gamins d'à peine une vingtaine d'années, fluets. Il avait vite élaboré des plans d'évasion. Il avait aussi vite déchanté. La fille l'avait conduit dans une grande pièce vide, une remise ou un magasin, dotée d'une petite fenêtre. Elle l'avait frappé et saucissonné sans s'inquiéter de ses blessures. Il avait passé une nuit blanche perclus de douleur.

Le lendemain, elle était revenue en compagnie du forgeron de la propriété. Il avait fixé des anneaux dont on se servait pour attacher les chevaux aux murs. À deux endroits. Ensuite, la gladiatrice avait frappé le centurion et il avait perdu conscience. Quand il s'était réveillé, il portait des fers aux chevilles et aux poignets. Les fers aux chevilles étaient reliés par des chaînes aux murs, les fers aux poignets à ses chevilles. Debout, il ne pouvait pas lever les mains au-dessus de son nombril. Il tira dessus pour tester leur résistance, examina les attaches. Le forgeron connaissait son métier. Les fers avaient été soudées, les chaînes étaient épaisses et les anneaux solidement fixés. Il n'avait reçu aucun soin, du moins, il ne s'en souvenait pas. Il souffrait du genou, il pouvait difficilement bouger son bras droit sans crier et ses côtes brisées rendaient sa respiration laborieuse.

Il n'était jamais seul. Le gladiateur ou la gladiatrice se tenaient constamment dans sa cellule. Ils avaient apporté un divan, une chaise et une table qu'ils avaient installés devant la fenêtre. Hors de sa portée. Il avait droit chaque jour à une cruche d'eau et du pain rassis. Rien de plus. Il pissait et chiait dans un pot. Au départ, il ignora le seau. L'odeur devint vite insupportable. Pour lui. Les gladiateurs y semblaient indifférents. La fille le traita un jour de porc et de con.

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