78 ap. JC. Province impériale de Lycie-Pamphylie. Une gladiatrice, deux sœurs. Les mirages de l'arène, la haine de l'Empire. Une rencontre entre deux mondes, celui des esclaves et des hommes libres. Des jougs à secouer. Une liberté à conquérir.
Mai...
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Atalante s'interposa entre le gardien et Marcia. La jeune fille fulminait. Elles étaient arrivées trop tard, mais avant qu'elles ne l'apprissent, elles avaient été promenées dans toute la prison. Les gardiens avaient d'abord reconnus Atalante et Astarté et puis, de fil en aiguille, ils avaient identifié la jeune fille que les deux grandes gladiatrices accompagnaient. La palla avait laissé échapper quelques boucles d'or et quand Marcia avait commencé à s'impatienter et à suspecter qu'on la menait en bateau, dans un geste d'impatience, elle avait rabattu son manteau sur ses épaules. Le gardien à qui elle parlait en était resté bouche bée, les yeux écarquillés comme des soucoupes. Il avait levé les bras au ciel et avait disparu en courant. Marcia avait juré après lui comme un charretier. Deux minutes plus tard, un sous-officier était apparu qui leur avait fait visiter tout le bâtiment, leur promettant qu'il les conduisait à la prisonnière sans leur avouer qu'il n'avait aucune idée de ce qu'elles venaient chercher et pourquoi.
Les trois gladiatrices s'étaient montrées naïves pendant un temps. Jusqu'à ce qu'Astarté surprit un :
— Merci, Fuscus.
Elle avait attendu qu'ils empruntassent un couloir isolé pour attraper le sous-officier par sa cuirasse en cuir et le coller brutalement contre un mur.
— Crétin ! Tu sais ce que porte avec elle la si célèbre bestiaire aux cheveux d'or que tu t'amuses à montrer comme une bête d'amphithéâtre à tes copains ?
Atalante s'apprêtait déjà à venir au secours de l'homme quand elle réalisa l'implication des paroles de sa camarade.
— Ce type nous ballade pour satisfaire la curiosité des autres ?! demanda-t-elle.
— Qu'est-ce que tu crois ? répondit hargneusement Astarté.
Elle décolla le garde du mur pour mieux le projeter une nouvelle fois dessus.
— Marcia Atilia est en possession d'un ordre écrit de l'Empereur et tu oses la faire attendre ? siffla la Dace aux larges épaules. Tu sais ce qu'il t'en cuira d'avoir négligé une favorite de l'Empereur ?
— L'Empereur ? L'Empereur lui a confié une lettre ? blêmit le sous-officier.
— Montre-lui, Marcia !
La jeune fille sortit le rouleau. Le garde reconnut le sceau.
— Oh... Je... Je... Je vais vous conduire au commandant. Je ne savais pas. Vous... Vous venez pourquoi ?
— C'est un ordre de libération.
Astarté le traita de sombre abruti et l'engagea à se montrer plus que coopératif s'il ne voulait pas, lui qui admirait tant les gladiatrices, savoir de quoi elles étaient capables quand un homme les avait mises en rage et qu'elles se retrouvaient seules avec lui dans un couloir sombre. Par réflexe, il avait mis la main sur son pugio. Astarté le bouscula. En un tour de main, il se retrouva désarmé. Astarté le menaçait avec le pugio qu'elle lui avait volé et Atalante feignait de vérifier le fil de la lame de son glaive en passant un pouce prudent dessus. Sa grimace dédaigneuse suffisait à montrer ce qu'elle en pensait.