Chapitre XIV : Premiers coups

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Le courrier, selon les saisons, empruntait des routes différentes.

L'hiver, il filait vers l'ouest, traversait la Cappadoce, la Galatie, toute l'Asie, embarquait à Éphèse, débarquait à Thessalonique, remontait par la Macédoine, longeait la côte dalmate, traversait l'Adriatique entre Salone et Ancône avant d'arriver à Rome. Selon la météo à terre, comme en mer, son voyage prenait entre un et deux mois.

L'été, il descendait sur Seleucia en Cilicie, s'embarquait sur un navire et débarquait à Tarentum. Ensuite, son voyage ne présentait plus aucune difficulté. Il remontait la Via Appia jusqu'à Capoue, bifurquait sur la Via Latina et arrivait à Rome en à peine deux jours.

En été, seule la navigation entre Seleucia et Tarentum pouvait parfois s'avérer aventureuse. Après, dès qu'il touchait la côte italienne, le courrier bénéficiait de nombreux relais pour changer de monture, dormir et se restaurer. La route en Capadocce était plutôt agréable. Rien à voir avec l'hiver quand la neige encombrait les nombreux cols qu'il lui fallait franchir pour se rendre jusqu'à Éphèse.

Il effectuait une à deux fois par an le trajet en alternance avec un autre courrier. Il voyageait toujours avec une escorte composée de deux légionnaires. Les deux hommes n'avaient pas vraiment pour vocation de garantir la sécurité du messager, mais plutôt de garantir la sauvegarde de ses messages. Si le messager venait à tomber malade, à se blesser ou à mourir, les deux hommes de son escorte pourraient prendre le relais. Ils portaient tous les trois des sauf-conduits qui leurs permettaient de se présenter sans encombre devant ceux à qui étaient destinés les messages du légat de la Xe légion Fulminata : le sénat et l'Empereur Vespasien.

Le courrier Gnaeus Menelius Lentulus ne transportait pas de richesse. La paix régnait en Cappadoce, tout comme dans les régions voisines, en Asie, comme en Cilicie ou en Pamphylie. Les Parthes ne menaçaient plus le royaume d'Arménie et la Fulminata n'avait pas d'ennemis déclarés. Elle ne faisait campagne contre aucune tribu rebelle. Les messages du légat de la Xe légion ne contenaient aucune donnée stratégique d'importance. Le légat se contentait seulement d'informer le sénat et l'empereur de la situation régionale, des finances de la légion et de la bonne tenue de celle-ci.

À chacun de ses voyages, le courrier emportait une tablette destinée à être remise en main propre à Vespasien. Au temps du règne de Néron, l'empereur avait fait campagne en Judée et la Fulminata avait servi sous ses ordres. Le légat connaissait personnellement Vespasien et Gnaeus Lentulus n'avait jamais rien trouvé d'étrange au fait qu'il transmît une tablette à l'empereur de la part du légat. Les amis, les anciens compagnons d'armes entretenaient souvent d'abondantes correspondances privées. Cette tablette importait cependant au légat qui spécifiait bien, à chaque fois, qu'elle devait être remise en main propre à son destinataire. Gnaeus aimait son légat, mais s'il devait perdre une seule tablette, celle-ci lui paraissait la moins importante à perdre. Entre un courrier officiel destiné au sénat et une lettre privée d'un ami à un autre, fut-il l'Empereur en personne, Gnaeus n'hésiterait pas un instant. Mais ce choix, il ne le ferait jamais. Qui pouvait s'intéresser à un courrier désargenté en temps de paix ?

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