Chapitre XXIV : Ceux qu'on n'attendait pas

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Julia repoussa précipitamment Quintus quand elle entendit les brigands monter les escaliers. Leurs ombres se détachaient dans la clarté de la lune presque pleine. Une cible parfaite, jura-t-elle.

Quintus, vite !

En face d'elle, elle vit un bras se tendre. Une lance ou un pilum. Elle se jeta sur Quintus et ils basculèrent tous les deux par terre à l'intérieur de la chambre qu'ils venaient de quitter. Julia referma la porte du pied et se releva pour la barrer. Piètre protection qui ne tiendrait pas longtemps.

Quintus comprit que leur vie se jouait maintenant. Il se saisit d'un siège, le leva au-dessus de sa tête et vint se plaquer sur le mur à côté de la porte.

Tous les deux ? demanda Julia.

Comme toujours, ma belle ! plaisanta-t-il.

Il n'avait pas le cœur à rire. Il n'avait rien d'un soldat, mais il ne se laisserait pas égorger comme un mouton et surtout il ne laisserait personne toucher à Julia. La porte trembla sur ses gonds.

Julia ? murmura Quintus à l'adresse de la jeune femme.

Quoi ?

Je t'aime.

Ce n'est pas vraiment le moment, Quintus.

Je voulais que tu le saches, s'excusa-t-il.

Je le sais, idiot, le morigéna affectueusement Julia.

La porte céda sous l'épaule d'un homme, il entra dans la pièce emporté par son élan et Quintus lui écrasa sur la tête, le siège qu'il portait à bout de bras. L'homme s'écroula dans un râle. Quintus se recula, un deuxième homme entra, Julia se décala et lui planta son poignard dans le torse. La lame buta contre les côtes et l'homme lança un poing qui envoya la jeune femme valser cinq pas plus loin.

Je vais te saigner, cracha le brigand.

Quintus s'interposa.

Quintus, non ! cria Julia en se relevant.

Le jurisconsulte râla et frappa des deux poings l'homme qui lui faisait face. Un coup violent et puissant qui renvoya son attaquant à trois pas, puis il recula vivement, repoussant Julia derrière lui. Il crispa une main sur son ventre et sentit un liquide épais lui poisser les mains.

La terrasse, souffla-t-il.

Julia avait perdu le poignard, la chambre était plongée dans le noir le plus complet. Elle balaya les volets avec les mains, trouva la clenche et ouvrit. La lumière de la lune illumina soudain la scène. Deux hommes à terre, un autre au regard haineux et une femme.

Julia pensa à Gaïa et une formidable rage l'envahit. Pas encore une fois. On lui avait enlevé sa famille, on avait volé sa vie à Gerasa et quand elle en avait reconstruit une nouvelle à Alexandrie, on la lui avait encore une fois dérobée. On ne lui prendrait pas la seule personne qui lui restait. Si Gaïa perdait ce soir Julia, elle sombrerait dans la haine et s'auto-détruirait. Julia avait toujours espéré que la jeune femme se construisît un jour un avenir qui ne rimerait pas avec sang et vengeance, que le temps apaisât ses peines et ses douleurs. Elle devait survivre, mais comment ? Par où fuir ?

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