Chapitre XVIII : Les loups gris

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Berival s'apprêtait à supporter le choc. Il écarta les jambes, assura le glaive dans sa main. Il regrettait l'absence de bouclier, il lui aurait été utile. À défaut, il avait enroulé des peaux de chèvres autour de son avant-bras gauche.

Il le vit soudain arriver. Il courait ventre-à-terre. Il distingua une cavalière. Tout se déroulait comme la domina et Tibalt l'avaient prévu. Sauf que... Berival n'avait jamais vu autant de bêtes sauvages ainsi foncer sur lui. Toute la meute ne semblait pourtant pas rassemblée. Et les loups arrivaient du sud-ouest.

Le forgeron se tenait en avant du campement organisé par les bergers. Ils avaient adossé aux pieds d'une paroi rocheuse leurs huttes et l'enclos à l'intérieur duquel ils rassemblaient les chèvres et les chevreaux le soir avant la traite. L'enclos couvrait un peu moins de dix scrupulums et les bergers l'avaient fermé de branchages mêlés à des ronces ou des épineux. La clôture était assez dense et épaisse pour que les chèvres ne pussent sauter par-dessus ou les escalader, mais ils estimaient qu'elle n'arrêterait pas les loups.

La main du forgeron se serra sur la garde de son glaive. Les loups dévalaient la colline, sautaient, bondissaient, zigzaguaient comme s'ils évitaient des attaques.

J'ai assisté à beaucoup de chasses et j'ai rarement vu des archers aussi habiles, déclara avec admiration la jeune femme qui se tenait à côté de lui.

Tu as déjà combattu des fauves ou des bêtes sauvages ?

Non, jamais. C'est une grande première. Et toi ?

J'ai toujours vécu dans des forges, les animaux n'aiment pas beaucoup le feu. Tu es sûre qu'elles tirent ?

Elles sont deux.

La jeune femme lui désigna du doigt les deux archères. L'une se tenait presque au sommet de la colline, l'autre galopait un peu plus bas sur sa gauche.

Regarde, elle se prépare à tirer. Voilà ! Là ! s'écria Atalante en désignant un point plus bas sur la colline.

Berival eut le temps de voir un loup culbuter. Mais la meute ralentit soudain sa course folle. Les cavalières se tenaient au-dessus d'elle et les loups ne pouvaient remonter sans plus encore s'exposer à leurs flèches.

Ils se retrouveraient en position de faiblesse s'ils fuyaient vers le haut de la colline en ordre dispersé, en position de force s'ils retrouvaient leur cohésion et attaquaient le campement.

Le couple de dominants ne se trouvait pas avec le groupe. Un gros mâle prit le commandement. C'était sa chance. La meute après s'être rassasiée se séparerait en plusieurs groupes distincts comme elle l'avait été avant que les quatre meutes affamées ne se rencontrassent et que leurs quatre guides, conscients que peut être leur survie en dépendait s'ils descendaient dans des régions tenues par des humains, ne décidassent de se regrouper en une seule meute, qu'ils se défiassent et que trois d'entre eux succombassent. Quand le moment de la séparation serait venu, il prendrait le contrôle d'une des meutes, laisserait les autres à qui voudrait. Il leur laisserait même le soin de sélectionner les loups qu'ils voudraient s'attacher. Il se contenterait des autres. Il deviendrait le dominant, il prendrait une femelle et s'assurerait avec elle d'une belle descendance. Il appela les loups au calme, courut de l'un à l'autre, les rameuta. Ils balaieraient les bergers.

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