78 ap. JC. Province impériale de Lycie-Pamphylie. Une gladiatrice, deux sœurs. Les mirages de l'arène, la haine de l'Empire. Une rencontre entre deux mondes, celui des esclaves et des hommes libres. Des jougs à secouer. Une liberté à conquérir.
Mai...
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— Abechoura, murmura Aeshma.
— Je n'ai rien, répondit faiblement Zmyrina.
Elle avait du mal à reprendre pied avec la réalité. La douleur, l'anxiété, les efforts qu'elle avait déployés pour tromper le procurateur, son meurtre, le visage halluciné de Saucia, la porte qui sautait et pour finir, la présence inconcevable des trois gladiatrices, de sa sœur qu'elle avait quitté à Myra, qui était partie pour le Grand Domaine et qui se retrouvait avec elle sur un navire en pleine mer, concouraient à la plonger dans un monde irréel.
Le silence était retombé. Il ne fut un instant troublé que par le bruit d'une ancre qu'on jetait à la mer.
Saucia avait entendu Aeshma prononcer le nom étrange et inconnu. Elle avait compris qu'il s'adressait à Zmyrina parce que la jeune femme avait parlé juste après, qu'elle avait formulé un demi-mensonge, pour parer à une juste inquiétude et... à la fureur. Aeshma était furieuse.
Saucia se porta rapidement au-devant de la jeune Parthe.
— Aeshma... la mit-elle en garde.
La gladiatrice leva la main, prête à écarter la masseuse.
— Aeshma...
Le ton était devenu aussi tranchant qu'une lame de pugio longuement aiguisée par Gaelig, l'armurier du ludus.
— Saucia... commença Aeshma.
L'orage menaçait. L'un de ceux qui emportait la jeune gladiatrice dans un déchaînement de colère et de violence et la laissait ensuite pantelante et assaillie par la culpabilité. L'un de ceux que seule Atalante osait affronter, que seul par la force Herennius arrivait à juguler.
— Je t'interdis, Aeshma, la menaça Saucia. Je t'interdis d'être en colère, je t'interdis de frapper qui que soit dans cette pièce, de te montrer violente et blessante. Je veux l'autre Aeshma.
Saucia se mit soudain à pleurer.
— Autrement, tue-moi, je ne supporte plus.
Elle plaça son pugio dans la main de la jeune Parthe.
— Saucia, je... balbutia Aeshma décontenancé par la détresse de la jeune femme.
Astarté tourna la masseuse vers elle. Celle-ci tomba dans ses bras et se serra contre sa poitrine. Astarté lui murmura des paroles de réconfort, pas très à l'aise de se retrouver à consoler une femme auprès de qui elle venait se réfugier quand elle sentait que son monde se fissurait et qu'elle ne croyait plus en la magnanimité de Zalmoxis. Une femme dont la présence suffisait à lui apporter la paix. Les pleurs de Saucia avait calmé les humeurs belliqueuses d'Aeshma, elle s'approcha de Zmyrina les sourcils froncés.
— Ce ne sont que des incisions, lui dit Abechoura que la colère de sa sœur impressionnait toujours autant malgré les années passées loin d'elle. C'est plus impressionnant que profond.