Chapitre LIV : Au-delà de toutes attentes.

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Gaïa ne se lasserait jamais. L'arrivée à Alexandrie. L'île de Pharos. La tour. La longue jetée, la diabatra, cette longue digue qui faisait face au port et se refermait tel un bras protecteur contre la fureur des mers et du vent. Et puis, une fois engagé dans l'Alveus Taurus, le Magnus Portus, le palais royal, les murs blancs de la ville.

— Tu es déjà venue à Alexandrie, Aeshma ?

Non.

C'est tellement beau, s'extasia Gaïa.

Elle passa un bras autour des épaules d'Aeshma et la serra contre elle. La Parthe grommela.

— Je suis tellement heureuse, Aeshma !

Vous voici enfin chez vous, dit Iohanna venu s'accouder en leur compagnie au bastingage.

Grâce à vous, lui dit Gaïa en libérant Aeshma.

Vous ne vous êtes pas montrées désagréables. Enfin, pas trop.

Vous vous êtes montré respectueux et généreux, je ne l'oublierai pas, répondit Gaïa.

Le marchand ricana gentiment. Elle se prenait pour qui ? Elle parlait bien, elle se mouvait avec une grâce certaine et il en était venu à penser que si elle ne lui avait pas menti, elle avait peut-être passé sous silence certains aspects de sa vie. Son père avait peut-être été négociant, l'était peut-être encore, mais sa fille... Tant d'éloquence, d'assurance, d'élégance. Plus le temps passait et plus Iohanna pensait qu'elle avait embrassé la profession de courtisane. Alexandrie regorgeait de filles de cette espèce. Les gentils avaient même aménagé un enclos de plusieurs hectares consacré à leur déesse impudique. Il y vivait des femmes qui, —Dieu quel blasphème ! — s'adonnaient à la prostitution sacrée. La prostitution sacrée ?! Alexandrie disparaîtrait un jour comme Sodome et Gomorrhe sous les flammes courroucées de Iaveh. En attendant, des prêtresses impudiques vendaient leurs charmes pour honorer leur déesse maudite. Il récita une prière expiatoire à cette pensée. L'attitude de la petite brune qui l'accompagnait l'avait conforté dans cette idée. Elle servait et protégeait la plus grande. Il l'avait souvent entendue buter sur la première syllabe du nom de sa maîtresse.

— Do... Doris.

Elle corrigeait à chaque fois, avant de prononcer domina, et il avait remarqué qu'elle évitait de s'adresser à Doris par peur de la vouvoyer. Il avait commis une faute. Aider une courtisane et son esclave ? La honte et la réprobation rejailliraient sur lui si celas'apprenait. Iohanna le maquereau.

Mais il leur avait offert son hospitalité et il se serait parjuré s'il s'était ensuite rétracté. Il les avait démasquées trop tard. De plus, il ne pouvait pas les accuser de mensonge. Doris avait réellement connu Saul et il ne pouvait mettre en doute qu'elle avait plusieurs fois été reçue chez lui. Et puis, il ne pouvait se défendre d'un certain sentiment de fierté à l'idée de les avoir aidées. Les deux jeunes femmes avaient souffert après leur naufrage et au cours de leur vie. Leurs visages brûlés, leurs mains et leurs pieds abîmés. Doris boitait et sa jeune esclave portait des cicatrices qui témoignaient d'une vie difficile et de punitions cruelles. Iohanna imaginait que Doris l'avait sauvée d'un destin misérable en l'achetant à un maître qui avait fini par la trouver trop âgée. Les grecs et les romains aimaient les jeunes filles nubiles. Ils s'en repaissaient et les rejetaient ensuite quand elles devenaient pubères, les reléguant souvent à de basses besognes. Ils oubliaient qu'elles avaient servi leur plaisir et caressé leurs vices pendant des années. Parfois, leur plaisir se teintait de cruauté et Aeshma en avait sans conteste fait les frais.

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