Chapitre LXXIII : Le palus du sanglier

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Aeshma mordillait un brin de lavande qu'elle avait arraché au bouquet que Marcia leur avait rapporté quelques jours auparavant. Le goût âcre et trop fort lui arrachait de temps en temps une grimace.


***


Elle était rentrée tard le matin, après la deuxième heure. Ister et Ajax l'avaient attendue dans le jardin de la villa du sénateur. Le melior s'était levé à son arrivée. Il s'inquiétait. Ister dormait, sa belle joue d'éphèbe appuyée contre un banc de pierre.

Aulus Flavius n'avait pas lâché la jeune Parthe. Il avait cherché à l'humilier, il avait surtout réussi à s'attirer son profond mépris. Il fallait plus que des pratiques réputées pour être dégradantes pour déstabiliser la jeune gladiatrice. Aulus Flavius lui en avait pourtant offert un panel complet. Et à son aimable invitation, les amis du procurateur n'avaient pas, eux non plus, ménagé leurs efforts. Ils ne lui avaient laissé aucun instant de répit. Ils avaient profité du jouet mis à leur disposition jusqu'à plus soif. Jusqu'à ce qu'un prétorien se présenta et sans s'occuper de l'activité qui se déroulait sous ses yeux, il annonça d'un ton impassible à la jeune gladiatrice qu'elle devait rentrer. Il lui avait tendu une tunique propre et une paire de sandales grossières. Le procurateur et ses amis avaient protesté.

— Les gladiateurs, sur ordre de l'Imperator, n'ont pas la permission de s'attarder dans des soirées privées au delà de la première heure, avait déclaré péremptoirement le centurion.

Ils s'étaient ralliés aux désirs de l'Empereur, avaient réajusté leurs vêtements et abandonné sans un mot ou un regard, la gladiatrice qui avait servi leur fantasmes. Aulus seul lui avait déclaré qu'il avait été enchanté de ses services et qu'ils se reverraient.

— À un moment où Titus aura cessé de superviser les plaisirs de ses amis.

Aeshma l'avait ignoré, il était parti et elle s'était retrouvée seule avec le centurion. Elle l'avait remercié d'un signe de tête pour son intervention et les vêtements, puis elle avait quitté la salle. En sortant, elle avait coincé une esclave et lui avait demandé où elle pourrait se laver. La femme l'avait conduite dans un atrium. Elle avait puisé de l'eau dans un trou ménagé dans un coin de la cour, apporté une bassine et un linge.

Aeshma s'était lavée sommairement. Elle s'était débarrassée du mieux qu'elle avait pu de ce qui lui salissait la peau, de ce qui lui engluait les cheveux, chassé la nuit de ses pensées. Elle n'avait pas revu Astarté. La Dace aux larges épaules lui avait signifié qu'elle voulait lui parler, mais le procurateur avait accaparé la petite thrace toute la nuit et Astarté était déjà partie. Aeshma s'était habillée, chaussée, pas vraiment propre, assez cependant, pour se retrouver un minimum présentable et ne pas déclencher des moues de dégoûts ou des réactions disproportionnées quand elle rentrerait au ludus.

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