Chapitre LXIV : Des visites inattendues

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Marcus Duvius Corvus entra dans le vestibule et s'avança lentement dans l'atrium. L'imperator s'était assagi, il ne courait plus après les eunuques, les fillettes et les jeunes garçons. Il ne passait plus ses nuits à boire et à perdre des fortunes aux dés. À se compromettre dans des rixes au beau milieu des quartiers les plus infâmes que Rome comptait. À dévaster des bouges et lancer sur des tables de jeunes enfants dont le joli minois avait attiré son attention. La peur des injustices, des dénonciations, des spoliations abusives, des condamnations et des confiscations de biens n'empêchaient plus de dormir des sénateurs ou des chevaliers qui avaient eu l'heur de déplaire ou d'attiser l'appétit de l'ancien préfet du prétoire. L'Imperator était craint, mais respecté. Il gérait avec sagesse l'héritage de son père. Marcus Corvus n'était qu'un soldat, mais en tant que prétorien, en tant que centurion, il fréquentait le palais impérial, le sénat, le forum et bien d'autres lieux où l'appelait son devoir. Il écoutait. Il savait. Titus était aimé. Et nettement plus généreux que ne l'avait été son père.

Un géant se dressa devant lui. Le genre d'homme qu'on engageait pour éloigner les importuns, pour impressionner et provoquer la peur. Le prétorien resta de marbre, il en avait vu bien d'autres.

— Qu'est-ce qui vous amène ? demanda le géant au prétorien.

Un message à l'intention de Gaïa Metella, de la part de l'Imperator Caesar Vespasianus Augustus, déclara militairement le centurion.

Antiochus fronça les sourcils.

— L'Imperator ?

Lui-même, déclara le soldat avec morgue.

Attendez ici.

Le centurion hocha la tête. Antiochus frappa des mains. Une femme apparut et il lui demanda de servir à boire au centurion et aux deux légionnaires qui l'accompagnaient avant de disparaître par un petit corridor.

Le prétorien reprit le fil de ses pensées. Titus avait renoncé à la débauche, mais il montrait toujours un goût certain pour les orientales. Les Juives. Bérénice et maintenant, cette Gaïa Metella. Un nom qui ne sonnait pas vraiment juif. La femme habitait pourtant le quartier juif et la maison... Sa décoration ne ressemblait en rien à celle qu'on s'attendait à trouver dans une maison romaine ou grecque. Les scènes peintes sur les murs de l'atrium étaient complètement étrangères à Marcus Corvus. Les personnages étaient bien habillés à la mode des grecs, mais on ne trouvait aucun motif mythologique propre à la culture civilisée et pratiquement aucune figure féminine.

Antiochus revint et invita le centurion à le suivre. Le prétorien donna l'ordre à son escorte de l'attendre. Guidé par Antiochus, il traversa le tablinium, une grande cour bordée d'un péristyle, emprunta un petit corridor sombre et déboucha dans un grand jardin lumineux. Le prétorien était impatient de rencontrer la destinataire du message de l'Empereur. Il apprendrait peut-être ce qu'elle pouvait être pour le Prince : une ancienne concubine, une future maîtresse, une espionne, autre chose ?

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