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Le lendemain.

En milieu de l'après-midi, j'ai invité Laetitia, pour notre petite séance quotidienne consistant à « s'entraîner à se filmer ». Soi-disant pour le travail. Comme à chaque fois, je sais que ça va finir en franche rigolade, et en bon moment entre copines.

Lorsque Laetitia sonne, je vais très vite lui ouvrir la porte.

Elle est rayonnante et a une nouvelle coiffure ; elle me sourit quand je lui dis :

— Oh, tu es passée chez le coiffeur ?

— Oui pour être devant la caméra, ça le fera mieux je trouve ! Tu en penses quoi ?

Son balayage lui laisse tomber quelques mèches couleur miel devant l'œil droit. Pour un peu, je la jalouserais presque. Elle n'a pas les cheveux très longs et pourtant elle arrive toujours à se faire des coiffures au top.

— C'est super joli ! J'ai envie de te dessiner en version manga, tiens, ça ferait un super rendu avec cette couleur dorée !

— Tu vas me dessiner dans un style guerrier, comme la dernière fois ? plaisante-t-elle.

— Ça te va bien d'être une guerrière ! Tu te laisses jamais faire, alors j'essaie de retranscrire un peu ce feeling dans les dessins.

— C'est normal, faut pas se laisser faire par les cons.

L'assiette que j'ai préparée me revient en mémoire :

— Ah au fait, on prend les apéritifs avant ?

Elle répond en rigolant :

— Non mais on va pas travailler si on commence à grignoter des trucs.

— Ben justement !

On retient un fou rire, puis elle finit par se reprendre et me tient au courant :

— Mégane m'a appelée, si ça te dit, elle fait un truc aussi avec des amis près d'un bâtiment, on pourrait aller travailler à plusieurs non ?

— Oui pourquoi pas !

Je fais un pas vers la cuisine en déclarant :

— Attends je vais chercher des apéritifs pour tout le monde !

Laetitia me retient :

— Oh t'es pas possible ! Non viens plutôt t'habiller pour filmer, on n'a pas le temps.

Laetitia va vers la salle de bain et moi je vais me préparer pour ressortir. À trois, on va s'amuser !

*

Sous le soleil encore rayonnant, on arrive et on aperçoit très vite Mégane en compagnie de ses amis : ah elle est là !

Les lieux sont assez dégagés, entourés de bâtiments, avec un petit espace vert. C'est assez peu visible depuis la route, ça va. On peut filmer tranquillement ici.

On va à leur rencontre : Mégane nous accueille avec un grand sourire, ravie de nous voir.

On leur fait la bise à tous, et Mégane nous annonce, joyeuse :

— On s'entraîne à filmer des mouvements, si ça vous dit ! Mais bon on s'amuse surtout, rien de sérieux. Vous pouvez utiliser notre matériel si vous voulez !

Je confirme d'un signe de tête :

— Oui on va faire quelques shots, pour travailler nos expressions faciales.

— Oh travailler ses expressions c'est toujours bien pour les streams, même s'il faut toujours garder du naturel !

Elle effectue quelques petits mouvements de bouche pour illustrer avec humour son propos, ce qui nous fait rigoler avec elle.

— Oui c'est clair qu'en direct, on est toujours naturelles, validé-je.

On est d'autant plus naturelles que, quand on en fait, avec Laetitia, on n'arrive même pas à lancer le stream tellement on a des fous rires, parfois...

Je tourne la tête et vois Laetitia qui papote avec les autres mecs présents. Je ne les connais pas tous, mais ça doit être, comme nous, des passionnés de vidéos. Et puis, bon, s'ils sont avec Mégane, c'est qu'ils doivent être sympas.

On est en train de se mettre en place, quand soudain j'entends quelqu'un crier.

Je me retourne et aperçois une bande de jeunes courir vers nous depuis un bâtiment, l'air paniqués.

Ils ont l'air complètement affolés.

Mégane va à leur rencontre ; oh merde, elle les connaît on dirait !

Ils s'arrêtent devant elle et l'attrapent par les bras, frénétiques. L'un d'entre eux s'exclame, le regard terrifié, tout en la tirant pour essayer de l'amener quelque part :

— ... c'était une agression hyper violente ! Ils ont appelé une ambulance, ils disent... il paraît qu'ils sont tous entre la vie et la mort ! Steph aussi il est parmi les victimes... Nath et Yanis aussi...

Le mec est particulièrement essoufflé. L'une des filles du groupe essaie de parler à son tour, elle tient un téléphone à la main. Elle vient apparemment de téléphoner, elle est blême et elle bégaie :

— C'était... Sofia et les autres... ils...

Leurs voix sont entrecoupées de peur, on ne comprend pas tout ce qu'ils disent tant ils ont du mal à parler.

Apparemment, quelque chose d'extrêmement grave est arrivé... une violente agression...

Oh mais oui c'est vrai, je me souviens d'avoir entendu comme le bruit d'une ambulance au loin, il y a quelques minutes ! Putain, l'agression doit s'être déroulée pas loin d'ici en plus...

La fille reprend :

— Il paraît qu'ils ont filmé leur propre attaque, juste par plaisir... leur tentative de meurtre, il y avait du sang partout...

En entendant ça, j'échange un regard horrifié avec Laetitia. Puis avec Mégane, qui a l'air aussi choquée que moi, et qui n'arrive même plus à parler. Filmer l'agression qu'on commet, par pur sadisme ? Mais c'est horrible ! Ils ont sûrement dû cacher leurs visages quand ils ont filmé avec leur téléphone, pour ne pas être attrapés par la police...

J'ai déjà entendu parler de cette Sofia, il paraît qu'elle est dans la même université que nous même si je ne l'ai jamais vue, d'ailleurs personne ne sait ce qu'elle y fait. Elle a de très mauvaises fréquentations. Des gens viennent toujours la chercher en grosses voitures de sport luxueuses, elle a l'air d'avoir de l'argent, et de ne pas avoir besoin de faire d'études ici... peut-être qu'elle y est juste pour le plaisir... c'est un mystère... en tout cas c'est une connasse, qui fréquente toujours des voyous et autres délinquants. Et le pire c'est qu'elle s'en tire toujours.

Je vois au regard de Laetitia qu'elle est désemparée et furieuse, elle serre même ses poings de désespoir, et d'impuissance. Ça me fait mal de la voir comme ça. D'autant que je sais pourquoi elle réagit ainsi. Elle aussi, a eu affaire à Sofia, malheureusement. Ça me fait souffrir rien que d'y penser, surtout que je n'étais pas là. Si j'avais été là j'aurais encore préféré prendre les coups à sa place. Maintenant, il ne lui reste qu'une cicatrice au bras, du dégoût pour la police qui n'a jamais rien fait, et moi, ma tristesse d'être incapable d'agir pour améliorer les situations, pour empêcher les connards de faire du mal.

Pfff, j'ai l'impression qu'il n'y a que dans les films ou dans les animés qu'on peut être une héroïne.

La Panthère de LumièreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant