Partie 5 : la confrontation

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Deux tables plus loin, un homme semblait s'amuser de ma mine défaite. La distance et l'éclairage ne me permettaient pas d'en être sûre. La jolie rousse, à sa droite, posa délicatement une main sur son bras et se pencha pour lui murmurer quelques mots à l'oreille. Il reporta son attention sur elle. Je saisis cette occasion pour l'observer à mon tour, sans retenue. Légèrement avachi sur son siège, il m'était difficile d'apprécier pleinement sa stature mais je le devinais grand et élancé. Une barbe de trois jours encadrait sa mâchoire et durcissait ses traits. Il passa une main dans ses cheveux blonds cendrés et ponctua ses échanges d'un sourire enjôleur. La jeune femme qui l'accompagnait n'était clairement pas insensible à son charme.

- Ah tu l'as enfin remarqué ! s'exclama Sanaa.
- Quoi ?

Elle leva les yeux au ciel, exaspérée et un brin moqueuse, puis désigna discrètement du menton l'objet de ma soudaine curiosité.

- T'étais pas en plein networking toi ?

Aurélie débarqua en trombe, les yeux animés par la détermination d'une personne en mission.

- Sherine est là !, s'exclama-t-elle une fois à notre hauteur.

Je libérai mon épaule de l'étau que formaient ses doigts et me mis à chercher la cause de son excitation.

- Où ? demanda Sanaa.
- A l'entrée de la cour intérieure.
- Il y a une cour intérieure ?!, m'étonnai-je.
- Jena... Sérieusement ?

Je réprimai un sourire. L'idée d'écourter, autant que possible, cette soirée avait été ma seule obsession. Absorbée par mon propre mécontentement, j'avais complètement ignoré la beauté des lieux.
Les hauts plafonds du bâtiment historique qui nous accueillait étaient soutenus par deux rangées de huit colonnes et ornés de lustres en cristal. La superficie de l'espace, appelé Grand Salon, était impressionnante. De larges parois vitrées donnaient sur la fameuse cour intérieure qui ressemblait d'ailleurs davantage à un jardin qu'à une simple cour.
J'aperçus enfin Sherine. Elle portait une longue robe noire, échancrée dans le dos. Seule et mal à l'aise dans ce milieu mondain qui n'était pas le sien, elle s'accrochait à son téléphone comme à la prunelle de ses yeux. Il servait de distraction et de bouclier quand on se sentait perdu et incapable d'échanger des banalités avec le premier venu. Ne désirant pas prolonger l'inconfort dans lequel nous étions à présent toutes plongées, je jugeais préférable d'aller au devant des choses.

- Tu fais quoi là ? me questionna Sanaa.
- Je vais lui parler, répondis-je en dégageant mon poignet de sa main.

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