Je n'étais plus habituée à cette colère froide. Je n'avais pas su, d'entrée jeu, en interpréter les signes. Cette manière particulière d'exprimer le ressentiment ne m'était pourtant pas étrangère. Fille d'un homme qui ne savait ou ne pouvait pas formuler à voix haute ses états d'âme. Un père qui préférait ignorer le problème plutôt que l'attaquer frontalement. Je ne le blâmais pas. Loin de là. Il gérait, à sa façon, les situations difficiles. Mais je ne pouvais pas non plus prétendre que je n'en avais pas été affectée. Le comportement de Guesdes me rappelait des souvenirs douloureux. Des souvenirs que je préférais maintenir enfermés dans mon subconscient.
- Pardon ?
- Vous souhaitez vous défaire de cet engagement ?
Ces mots. Mes mots.
- Com.. ?
Je n'achevais pas ma question. La réponse se devinait aisément.
- Vous étiez là.
- Je peux savoir ce que vous me reprochez ?
- Rien, répondis-je les yeux rivés au sol.
Je me concentrais sur ma respiration pour en assurer un rythme régulier. Je ne voulais pas que mon corps me trahisse. Qu'il lui révèle les fragilités que je m'appliquais à dissimuler au monde entier. Il tarda à me répondre. J'osai donc jeter un coup d'œil dans sa direction. Le sourcil droit levé, le visage fermé, il attendait. Avais-je vraiment envie, à une heure aussi tardive, de m'engager dans cette voie ?
- Je suis désolée que vous l'ayez appris de cette façon. Je ne vous reproche rien. Je pense juste que notre binôme ne fonctionne pas.
Il valait mieux ne pas lui exposer la liste de mes griefs. Ça n'était ni pertinent, ni raisonnable. Le rapport de force ne m'était ici clairement pas favorable.
- Vous savez pourquoi j'ai demandé à être votre mentor ?
- Je pensais, jusqu'à ce soir, que c'était dû au hasard.
Il quitta le mur sur lequel il s'était appuyé pour se rapprocher de moi.
- J'ai apprécié votre franchise au gala.
- Ma bêtise vous voulez dire...
- Vous étiez spontanée, sûre de vous... vous n'aviez pas peur d'exprimer librement votre pensée.
Il marqua une pause. L'esquisse d'un sourire se dessina sur ses lèvres.
- Une pensée étrange, je vous l'accorde.
- Où voulez-vous en venir ?, m'impatientai-je.
Un pas, tout au plus, nous séparait à présent. Je percevais les effluves boisées de son parfum. Cette proximité physique accentuait mon trouble.
- J'ai, paraît-il, jusqu'à lundi pour vous convaincre.
Il marqua une pause. Me dévisagea un instant, une lueur étrange anima son regard.
- J'accepte le défi.
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Déboires chroniques
RomanceLa vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Les espoirs, les idéaux, l'utopie que notre esprit engendre sont mis à mal par les épreuves jalonnant notre chemin. La solidité des liens amicaux et amoureux est testée durant ces épreuves. Jena, ét...
