Partie 32 : une surprise d'anniversaire

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Les têtes bouclées de Maroua et Malick étaient à peine visibles au milieu de la cohue d'enfants.

- Ba' * j'arrive pas à croire que tu leur aies vraiment acheté une tablette ! Ils ont SEPT ANS ! s'offusqua Sanaa.
- On les a perdu, ajouta Aurélie d'une voix sentencieuse.
- Quoi ?! répondis-je.
- Internet, le numérique. Ils sont entrés dans un labyrinthe dont ils ne sortiront plus jamais...

La gravité de son visage, l'intensité de sa voix et l'absurdité de ses paroles produisirent, avec succès, l'effet comique recherché. Le père de Sanaa haussa les épaules en signe d'impuissance.

- Tous les jours benti*... Tous les jours.
- "On veut une tablette", "achète-nous une tablette", renchérit la mère de Sanaa qui ne s'était finalement pas formalisée de la fourberie de ses enfants.

Ils échangèrent un regard entendu. Leur complicité était attendrissante.

- Si j'avais su... reprit Sanaa la mine renfrognée.
- Tout ce que tu aurais pu obtenir..., ajouta Aurélie d'un air pensif.
- C'est clairement pas elle le cerveau de la fratrie !

Je reçus, pour ma boutade, une petite tape sur la tête.

- Aïe ! Ba quoi ?

La famille Mezzoud vivait, depuis près de dix ans, dans un petit trois pièces près du centre ville. L'intimité et le calme ne faisaient pas partie de leur quotidien. Ils avaient, dés l'entrée de Maroua et Malick à l'école primaire, déposé une demande pour un appartement plus spacieux mais les délais de traitement étaient tels qu'ils ne déménageraient probablement pas avant longtemps.
Ils avaient, cependant, fait de cet espace exigu un lieu convivial et chaleureux. Les voisins étaient d'ailleurs venus en nombre célébrer les jumeaux. Des éclats de rires, des échanges animés ou encore des embrassades improvisées fusaient de part et d'autre du salon. La fête battait son plein.
Une fois les bougies soufflées et le gâteau d'anniversaire bien entamé, nous nous éclipsâmes discrètement dans la chambre de Sanaa. Il avait été décidé, qu'à terme, elle partagerait cette pièce avec sa petite sœur. Deux lits occupaient désormais une majeure partie de la superficie. Je m'installai sur celui de Maroua et les filles s'allongèrent sur l'autre.

- Enfin seules, dis-nous tout ! entama Aurélie.
- J'ai rencontré quelqu'un...
- Encore ?!, s'exclamèrent-elles d'une seule et même voix.

Je laissai échapper un petit rire.

- Florian, il est en M1 de droit fiscal.
- Il faisait quoi là-bas ?, demanda Sanaa.
- Il assurait le service.
- Job étudiant ?, s'enquit Aurélie.

J'acquiesçai.

- Mignon ?

Je n'avais, pour être tout à fait honnête, pas vraiment fait attention.

- Plutôt mignon oui, finis-je par dire après réflexion.
- Si tu nous en parles c'est qu'il t'intéresse.

Mes yeux se posèrent sur le chignon haut de Sanaa qui couvrait l'épaule droite d'Aurélie. Cette dernière s'amusait à le défaire mèche par mèche.

- Elle est en train de te décoiffer.
- Je sais. L'animal à des tocs ...
- Eh ! C'est moi l'animal ?, répondit l'intéressée.
- Qui d'autre ?
- Tu crois qu'elle regrette de s'être coupée les cheveux aussi courts et a développé une obsession pour les tiens ?
- C'est sûr !

Aurélie agita son bras gauche pour attirer notre attention.

- Ouhou... "Elle" est toujours là. Arrêtez de parler "d'elle" comme si elle ne pouvait pas vous entendre.
- Elle serait pas intéressée par un mec charmant, drôle et serviable par hasard ? lui demandai-je.

La surprise anima, durant un bref instant, son visage rond. Elle calla ses cheveux blonds derrière ses oreilles et posa sur moi des yeux bleus délavés curieux.

- Hein ? Qui ?
- Florian voyons ! Quelque chose me dit que vous êtes fait l'un pour l'autre...

*Ba' ou Baba : papa
*Benti : ma fille

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