La chaleur qui animait ses traits quelques instants plus tôt disparut dès qu'il me vit. Mes espoirs d'indulgence volèrent presque aussitôt en éclats. Je me sentais déjà bien assez coupable comme ça sans avoir en plus à subir son attitude glaciale. Je ravalai ma fierté, redressai mes épaules et forçai mes lèvres à esquisser un sourire. D'un geste hésitant, je le saluai. Ma main retomba honteusement lorsqu'il ne daigna même pas me répondre. La rousse le regardait, perplexe. Passif, il attendait manifestement quelque chose. Plusieurs secondes s'écoulèrent avant que je ne me décide enfin à les rejoindre.
- Bonsoir, concéda-t-il lorsque je fus à sa hauteur.
Je m'étais résignée à faire le premier pas. Littéralement. J'avais cru, naïvement, qu'il remarquerait l'effort et qu'il aurait au moins, à défaut d'un sourire, abandonné ce ton détaché. Je m'étais lourdement trompée.
- Bonsoir, répondis-je.
Un léger raclement de gorge ramena mon attention vers la femme à ses côtés.
- Bonsoir, Clémence De Longialle.
L'interruption fut bienvenue. Elle permit à Noah Guesdes de retrouver un semblant de bonnes manières.
- Clémence je te présente Mademoiselle Jena Abbad, étudiante en affaires européennes.
Intriguée, elle fronça légèrement les sourcils.
- Enchantée. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
La question, posée avec une curiosité à la fois polie et sincère, raviva le souvenir désagréable de notre première rencontre. Les mains moites et le cœur battant, j'évitais son regard, de peur que mes yeux ne trahissent mon embarras.
- Mademoiselle Abbad faisait partie des étudiants présents au gala.
- Le gala ? De la semaine dernière ?
Il opina et poursuivit :
- J'ai proposé à son université de la mentorer.
Je n'en revenais pas. Il s'était porté volontaire. C'était son choix. Notre binôme n'était pas dû au hasard.
Je ne savais pas comment traiter cette information. Je le dévisageai, scrutant son attitude à la recherche d'une réponse à une question que je n'avais pas posé.
Pourquoi ?
Les non-dits parlaient d'eux-mêmes. Je percevais, dans nos silences, ce qu'il feignait de ne pas voir. Il avait laissé filtrer un bout de ses intentions. Ce détail, glissé l'air de rien, était loin d'être anodin. Il le savait.
- Et bien ravie de faire votre connaissance mademoiselle Abbad. Je suis, pour ma part, une très bonne amie de Noah.
Un peu décontenancée, je bredouillai une réponse convenue.
- Clémence a travaillé chez Kinsight pendant plusieurs années avant de lancer son propre cabinet de conseil, précisa Noah Guesdes, gêné.
C'était réconfortant de constater que la situation le troublait également. Même si ses raisons étaient sans doute bien différentes des miennes.
Elle s'apprêtait à renchérir lorsqu'un couple, qui souhaitait visiblement s'entretenir avec elle, l'interpella. Mon mentor glissa quelques mots à l'oreille de Clémence puis posa sa main sur mon avant-bras. Surprise, je la fixai un instant. Il nous entraîna alors loin du trio. Je manquai de trébucher avant qu'il ne resserre légèrement sa prise. Galvanisée par ce simple contact, je le suivis sans dire un mot.
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Déboires chroniques
RomanceLa vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Les espoirs, les idéaux, l'utopie que notre esprit engendre sont mis à mal par les épreuves jalonnant notre chemin. La solidité des liens amicaux et amoureux est testée durant ces épreuves. Jena, ét...
