Partie 23 : service impeccable

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Incroyable. Il m'avait laissé là, seule, dans une situation des plus inconfortables. Pas un mot ou un signe pour annoncer son départ. Je me glissai discrètement dans un coin déserté de la pièce. Lassée d'être malmenée par ses caprices et mes propres émotions, je me mis à scruter les décorations murales. Un tableau en particulier retint mon attention. Je me plongeai dans ses détails, me distançant ainsi aussi bien de cette soirée que de moi-même.
Deux personnages occupaient le centre de l'œuvre. Une femme en premier plan, assise sur l'herbe semblait tenir compagnie à un homme, allongé derrière elle. Il avait dissimulé son visage sous un chapeau de paille, ne laissant apparaître que sa barbe. La sérénité de la campagne environnante tranchait avec l'expression de la femme, visiblement, paysanne. Ses traits figés d'épuisement, ses joues rosies par l'effort et son regard absent contrastaient avec la verdure chatoyante, le champ de blé marquant l'horizon et les collines talonnant un ciel bleu immaculé.

- C'est une peinture naturaliste. Pas mal hein ?

L'irruption du serveur dans ma bulle mit brutalement fin à ma rêverie.

- Oui, pas mal... répondis-je avec un sourire crispé, déclinant les amuses bouches qu'il me présentait.
- À vrai dire j'y connais pas grand chose. J'ai juste entendu un invité en parler, ajouta-t-il.
- Oh je vois.
- Un crâneur...

Les efforts visibles qu'il déployait pour m'être sympathique me firent regretter mon manque d'amabilité. Après tout, il n'était pas responsable de ma mauvaise humeur.

- Il essayait d'impressionner une fille ?, demandai-je.
- Qui vous l'a dit ?!

Prenant un air faussement étonné, il m'adressa un clin d'oeil enjoué. Son enthousiasme était communicatif.

- Mon petit doigt...

Prévenant, il ne railla pas ma répartie malgré sa faiblesse évidente.

- Vous ne vous mélangez pas aux autres ?
- Ce genre de soirée, c'est pas vraiment mon truc.
- Je comprends. On y croise pas que du beau monde..., m'indiqua-t-il sur le ton de la confidence.
- Ça sent le vécu.
- Et comment !

Une brève grimace traversa son visage, soulignant ses paroles avec humour.

- Avant que j'oublie, moi c'est Jena.

L'expression rieuse qu'il affichait dévoila une belle dentition. Les yeux plissés et la pomme d'Adam apparente il se présenta à son tour.

- Ravi Jena, Florian pour vous servir.

Il accompagna sa phrase d'une brève courbette. Je ponctuai son geste d'un rire sincère.

- Chut, reprit-il en déposant sur ses fines lèvres son index.

L'expression de mon amusement était, de quelques décibels, au dessus du niveau sonore général. Je me couvris la bouche, confuse.

- Oups... Pardon.
- Vous venez d'offusquer Madame Moreau.
- Qui ça ?

Il se rapprocha et murmura :

- La grande dame qui vous fixe depuis quelques secondes.

Intriguée, je suivis son regard. Une femme, d'environ un mètre quatre-vingt, m'étudiait effectivement. Le bleu profond de ses yeux ne se troubla pas lorsque mes pupilles s'attardèrent sur ses cheveux blonds vénitiens, sa physionomie sévère et la blancheur de son teint. Une beauté froide qui était à deux doigts d'éclipser l'homme près d'elle ...

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