- Honnêtement ?
- De préférence, ironisai-je.
- Les places étaient nominatives.
- Oh ... Je vois.
J'avais complètement oublié le plan de table. On nous avait même remis, à l'entrée, des étiquettes à fixer sur nos vêtements pour faciliter les conversations entre invités. Ni moi, ni les filles n'avions pensé à les mettre.
- Et si je n'avais pas joué le jeu ?
Préoccupée par mon retard et notre entrée chaotique, je n'avais pas, au départ, remarqué les petits cartons disposés devant chaque assiette. Dans ma hâte, espérant passer inaperçue, j'avais tiré la première chaise venue, quand Sanaa, à qui jamais rien n'échappait, m'avait discrètement guidé vers mon siège.
- Pour changer...
- Je suis très disciplinée, me défendis-je
- Vous plaisantez j'espère ?
Je croisai les bras, tandis qu'il s'étonnait de ma mine sérieuse.
- Vous êtes constamment en retard.
- Vous êtes redondant, rétorquai-je, l'ego froissé.
Il plissa le front, encaissant ma réponse.
- Vous êtes insolente.
Déstabilisée par sa réplique acerbe, je mis quelques secondes à répondre.
- Si mon insolence vous déplaît vous êtes libre de partir.
Sa joue droite se détacha de la paume qui la soutenait jusque là. Il se redressa. Je suivais attentivement chacun de ses gestes. Allait-il me prendre au mot ?
Une douleur étrange me serra la poitrine. Je ne comprenais pas ma propre réaction. Qu'il parte ! Pourquoi mon corps contredisait mon esprit ?
L'un était remué par la simple idée que cette soirée s'achève sur une note aussi amère. Tandis que l'autre appelait de ses vœux son départ.
Il n'en fit cependant rien. Au contraire. Il retira sa veste et sa cravate et les posa à côté de lui. Il retroussa ses manches, dévoilant des avant-bras saillants, avant de regagner la place qu'il avait brièvement quitté.
- Ça ne me déplaît pas, affirma-t-il d'une voix qui me semblait plus profonde qu'avant.
La conversation prenait une tournure ... déroutante.
- Tant mieux.
Tant mieux ?! Je n'aurais pas du dire ça. Mon audace était à géométrie variable. Je n'en manquais pas pour mettre fin à un mentorat bancal mais elle me faisait défaut dès qu'il fallait freiner une ambiguïté déplacée.
- C'est à mon tour, je crois, de répondre à votre question.
Il acquiesça. Je déglutis et ignorai les battements affolés de mon coeur. Je devais me montrer responsable, éviter à tout prix de m'empêtrer dans une situation inextricable.
- 2 rencontres, 2 retards, 1 explication.
La commissure droite de sa lèvre s'étira.
- Laquelle ?
- Quelqu'un m'a retenu.
- Quelqu'un ?
- Un homme. C'est un homme qui m'a mis en retard.
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Déboires chroniques
RomanceLa vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Les espoirs, les idéaux, l'utopie que notre esprit engendre sont mis à mal par les épreuves jalonnant notre chemin. La solidité des liens amicaux et amoureux est testée durant ces épreuves. Jena, ét...
