Partie 26 : indifférence

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La bouffée d'air frais que j'aspirai à la sortie de l'hôtel Transatlantique me fit un bien fou. J'étais, enfin, libre de mes mouvements. Plus besoin de tenir un rôle pour me fondre dans le décor. Sans Florian, je n'aurais pas fait long feu, et la mission que mon mentor m'avait confiée aurait tourné court.
Un frisson me parcourut l'échine. Je rentrai les épaules et croisai les bras. Le trench que je portai ne suffisait pas à me protéger du froid. Alors que je m'apprêtai à quitter le perron de l'hôtel, un raclement de gorge insistant me fit tourner la tête.

- Vous partez ?

Une voix et un regard neutres me frappèrent avec la force de l'animosité la plus ouverte, un paradoxe que Noah Guesdes incarnait parfaitement.

- J'ai un train à prendre. Merci pour l'invitation.

Il franchit les trois marches qui nous séparaient puis  désigna, de l'index, un taxi.

- Je vous raccompagne.
- Ça ira, merci.
- J'insiste.

L'atmosphère était pesante. Je voulais juste rentrer chez moi. J'étais prête pour ça à endurer, le temps d'un trajet, la compagnie d'un homme aussi inamical que lui. Je lui emboîtai donc le pas. Une fois seuls dans la voiture, je me murai dans le silence. Je n'étais absolument pas disposée à lui témoigner le moindre intérêt. Il semblait partager mon humeur, puisqu'il ne m'adressa pas non plus la parole. Le taxi s'arrêta, une vingtaine de minutes plus tard, devant mon immeuble.

- Combien je vous dois ? demandai-je à Guesdes.

Il ignora ma question et quitta l'habitacle. J'étais sur le point de réitérer ma demande au chauffeur lorsque ma portière s'ouvrit. Il me présenta sa main droite et patienta. Je me figeai, incertaine. Au bout d'une  poignée de secondes je finis par la saisir et quitter, à mon tour, le véhicule. La chaleur qui émanait de sa peau contredisait l'indifférence de ses traits. Une fois dehors, je dégageai ma main de la sienne. C'était la seconde fois, en l'espace d'une soirée, qu'il engageait le contact. Je ne savais pas trop quoi en penser, ni même si je devais en penser quelque chose. Il glissa quelques mots au chauffeur avant de me rejoindre.

- Allons-y.

Surprise par son attitude, j'ignorais comment réagir. J'étais sur le point d'entrer dans mon bâtiment lorsque, finalement, je sortis de ma transe.

- Je pense que ça ira maintenant, merci. 

Il hocha brièvement la tête et s'écarta pour laisser entrer un voisin qui me salua en passant. Je le quittai des yeux un instant pour observer le taxi stationné en double fil.

- Vous lui avez demandé de vous attendre ?

Nouvel hochement de tête. Il commençait à sérieusement me gonfler. La patience a ses limites. Et les miennes étaient clairement atteintes.

- Bonne nuit, lâchai-je d'un ton sec et définitif.

Je lui tournai le dos et, constatant que la porte s'était refermée, pianotai sur le digicode.

- Alors comme ça vous comptez changer de mentor ?

Mon index se figea en pleine action. Je laissai, lentement, retomber mon bras et lui fis de nouveau face. Quand nos regards se croisèrent, une évidence me frappa. Elle m'avait pourtant, jusqu'ici, échappé. Il n'était pas indifférent. Il était en colère.

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