Partie 15 : cadence parfaite

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- Hôte mannequin, marmonnai-je.
- Comment ?
- Je vous ai pris pour un hôte mannequin, pas un hôte d'accueil.

Pourquoi diable remuais-je le couteau dans la plaie ?! Je commençais à sérieusement m'interroger sur ma santé mentale. Il plissa le front, tentant de se remémorer les mots exacts que j'avais eu l'audace d'employer ce soir-là. La situation était gênante. Très gênante même. Je ne pouvais, malgré tout, m'empêcher d'éprouver une certaine satisfaction. Il se souvenait très clairement de moi. Pas en bien, certes, mais allez savoir pourquoi l'humiliation me semblait moins terrible que l'oubli.

- Au temps pour moi... reprit-il en levant les mains en signe de bonne foi.

Il contint une moue amusée et se composa un air sérieux.

- Je suis directeur associé chez Kinsight.

Un cabinet de conseil, évidemment. Et pas des moindres. Kinsight, figurait parmi les trois cabinets les plus prisés, au monde. De nombreux diplômés de formations sélectives jouaient des coudes pour y entrer. Ne venais-je pas, en filigrane, de critiquer sa profession ? N'avais-je pas, de façon insouciante, écarté une option convoitée par tant d'autres ? Oui et je n'en étais pas peu fière. Ses prunelles d'acier me mettaient au défi de réagir.

- Quel honneur...

La remarque m'échappa. Je la regrettais aussitôt. Nous étions dans un cadre formel. Mon diplôme dépendait de cette personne. La validation du mentorat était un pré-requis non négociable. Le sarcasme n'avait donc pas sa place dans la conversation. Il haussa un sourcil, ignora mon commentaire et jeta un nouveau coup d'oeil à sa montre.

- Pour cette première rencontre il serait bon de définir la fréquence de nos rendez-vous et les points sur lesquels je peux vous être utile.

Je frottai discrètement mes mains contre mon jean pour en atténuer la moiteur.

- On doit, je crois, organiser, à minima, une rencontre par mois et échanger à distance une fois par semaine, répondis-je.

Il soutenait son menton d'une main et prenait des notes de l'autre.

- Ce rythme vous convient-il ?, renchérît-il le regard rivé sur son calepin.

Est-ce que ça me convenait de le voir une fois par mois et de lui parler une fois par semaine ? La question ne me semblait pas anodine. Il évitait sciemment tout contact visuel et l'intonation de sa voix me paraissait étrange. Comme je tardais à répondre, il leva enfin les yeux du papier sur lequel il formait maintenant des cercles pour les poser sur moi.

- Non.

Les commissures de ses lèvres frémirent légèrement.

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