Elle se figea, estomaquée par la nouvelle. J'avais imaginé mille et une façons de lui annoncer la chose. Celle-ci n'en faisait pas partie. Je peinais à croire que j'avais été aussi abrupte. Je ne pouvais cependant m'empêcher d'apprécier ce silence que j'avais appelé de mes voeux quelques secondes plus tôt.
- De quoi tu parles ?
- Quelqu'un l'a vu au Mercato avec une autre fille.
Elle demeura un moment interdite.
- Qui ça ?, reprit-elle.
- Peu importe.
Elle se décomposait peu à peu, prenant pleinement conscience de la situation. L'information délivrée sans aucune précaution, s'insinua progressivement dans son esprit. Elle en intégra la pleine mesure. Je réalisai à mon tour l'énormité de mon faux pas. Les larmes aux yeux, elle ouvrit et ferma la bouche, à la recherche de ses mots, de son souffle. Face à un tel spectacle mon coeur se serra. Qu'avais-je fait ?
- C'est juste une rumeur..., ajoutai-je en cherchant tant bien que mal à limiter la casse.
Elle serra ses poings et contint ses larmes.
- C'est sûrement faux... , renchéris-je.
La haine chassa la détresse de son regard et se mit en quête d'un catalyseur.
- Bien sûr que c'est faux, s'exclama-t-elle, ça n'est pas parce que personne ne veut de toi que tu dois empêcher les autres d'être heureux.
Responsable de la peine que je venais de lui causer, j'encaissais cette attaque sans broncher.
- Tu ne peux pas supporter l'idée qu'on ait une vie en dehors de toi ! cracha-t-elle avant de tourner les talons et de quitter, précipitamment, les lieux.
Les épaules affaissées, les yeux brulants de fatigue et les mains moites j'ignorais délibérément les convives qui avaient assisté à la scène. La conversation avait pris une très mauvaise tournure. Pourquoi étais-je aussi impulsive ?
Les mots de Sherine avaient atteint leur cible. Était-ce vrai ? Etait-ce la jalousie qui m'avait poussé à agir de la sorte ? Est-ce que j'enviais sa capacité à se lier à un homme ? Ma virulence n'était-elle rien d'autre que de la frustration ?
Je n'avais pas l'impression de souffrir de ma situation. Mais peut-être n'en avais-je pas conscience. Je décidai de m'isoler quelques minutes. Assise sur un banc à peine éclairé à l'écart de la soirée, je me massai les tempes pour calmer la douleur qui me torpillait le crâne. J'aurais dû faire confiance à mon instinct et éviter, comme la peste, ce gala. Les yeux rivés au sol, je me laissais aller à un profond soupir de lassitude.
- On dirait que vous portez le poids du monde sur vos épaules.
Je mis un moment à comprendre que la remarque m'était adressée et un temps, tout aussi long, à porter mon regard sur lui.
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Déboires chroniques
Storie d'AmoreLa vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Les espoirs, les idéaux, l'utopie que notre esprit engendre sont mis à mal par les épreuves jalonnant notre chemin. La solidité des liens amicaux et amoureux est testée durant ces épreuves. Jena, ét...
