Partie 10 : la colocataire

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Hassan, véritable masse, trépignait d'impatience à l'entrée du bâtiment. Impossible de le louper avec son mètre quatre-vingt quinze, ses larges épaules et son imposante musculature. La différence de taille entre lui et Sanaa était abyssale. Cette dernière atteignait, difficilement, un mètre soixante-cinq en talon. La coquetterie et le souhait de réduire un peu l'écart avec son géant de chéri la poussaient à toujours en porter.
Si Hassan était physiquement intimidant Sanaa n'avait en revanche rien à lui envier côté caractère. Têtus l'un comme l'autre, le moindre désaccord donnait régulièrement lieu à un débat interminable sans qu'aucun n'obtienne gain de cause. Le trajet du retour en était un parfait exemple.
Hassan questionnait la décision de Sanaa de participer au gala sans lui. Bien que très contrarié, il s'exprimait avec calme tandis que Sanaa, pour rendre ses arguments plus percutants, s'agitait dans tous les sens. Nous nous gardâmes bien, Aurélie et moi, d'intervenir. Par chance, aucun des deux ne nous prit à témoin. Je n'en fus pas moins soulagée lorsque la voiture s'arrêta devant chez moi. J'adressai un dernier regard mi-amusé, mi-compatissant à Aurélie avant de m'extraire du véhicule.
J'habitais depuis quelques temps à une dizaine de minutes du campus. J'avais délaissé les espaces trop étroits et vétustes des résidences étudiantes au profit d'un sympathique trois pièces que je partageais avec une étudiante en première année de médecine. D'ordinaire, je détestais la colocation. Vivre avec quelqu'un entraînait systématiquement des conflits. Heureusement, j'étais tombée sur une personne discrète et bienveillante. Hannah avait très souvent la tête dans les bouquins et accordait le peu de temps qui lui restait à son petit-ami Isaac, étudiant en troisième année de médecine. Nous ne faisions généralement que nous croiser mais savions nous montrer disponible en cas de besoin. Elle était, pour moi, une colocataire idéale.
J'appelai l'ascenseur et jetai un oeil à mon téléphone. 23h44. Troisième étage, appartement B17. J'introduisis doucement mes clés dans la serrure pour ne pas la réveiller. Je rejoignis sur la pointe des pieds ma chambre et laissai discrètement tomber mon sac au sol. Je retirai la robe de Sanaa, l'accrochai soigneusement à un cintre, me promettant de la laver et la repasser avant de la lui rendre. Je filai sous la douche, soupirai au contact agréable de l'eau chaude sur ma peau. Une fois mon pyjama enfilé, je me glissai sous mes draps et, épuisée, tombai rapidement dans l'inconscience.
Réveillée par une sonnerie persistante, je quittai mon lit a contrecœur. Il faisait déjà jour. Je me frottai les yeux pour en effacer les dernières traces de sommeil tandis que la sonnerie continuait à m'agresser les tympans.

- J'arrive !

J'étais grognon. Je n'avais pas encore eu ma dose de caféine et voilà que je devais gérer un fou de la sonnette. J'ouvris la porte. Il me fallut un moment avant de réaliser que le fou de la sonnette était en fait une folle. Les yeux rouges et bouffis, les cheveux en bataille, un paquet de mouchoir dans une main et des kleenex usés dans l'autre, ses prunelles débordaient d'un désespoir palpable.

- Sherine ?

Elle hoquetait, à peine sortie d'une crise de larmes, et tentait pauvrement de prévenir la prochaine. Je soupirai et dégageai le passage.

- Entre.

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