Les yeux grands ouverts, abasourdi par ma réponse, il retint son souffle un instant avant de laisser éclater un rire sincère et complètement inattendu. La panique qui, sitôt ma pensée partagée, avait étreint mon coeur se dissipa.
- Vous n'y allez pas de main morte !
- Jamais, répondis-je en lui adressant un immense sourire.
- Un mauvais mentor, hum ?
La tête appuyée contre sa main, il laissa le silence s'installer. Il voulait en savoir plus. Mais pouvais-je lui en dire plus ?
- Vous vous êtes porté volontaire parce que je vous ai pris pour un hôte mannequin.
- C'est une raison comme une autre, rétorqua-t-il.
- Vous m'avez invité à une soirée pour rencontrer du beau monde et je n'ai eu droit, de votre part, qu'à du mépris.
Apparemment je pouvais.
- Du mépris ?
- Oui, du mépris. Vous savez cette façon que vous avez d'ignorer les personnes qui vous agacent ?
Un éclair de malice traversa ses yeux. J'y décelai également un brin d'admiration. Il ne s'attendait pas à ce que je le cerne aussi rapidement.
- Et qu'avez-vous fait pour m'agacer ?
Fin stratège, il cherchait de toute évidence à tirer avantage de la situation... à mes dépens.
- Bonne question, aucune idée.
- Vraiment ? Rien, chez vous, ne provoque l'agacement ?
Voyant que mon mensonge ne leurrait personne, pas même moi, je finis par admettre :
- Ok... J'ai un petit problème de ponctualité.
Les coins de sa bouche se relevèrent. Il haussa les sourcils et posa sur moi un regard mi-amusé, mi-outré.
- Deux rendez-vous, deux retards, aucune explication, me rappela-t-il.
Depuis notre rencontre, je m'étais entièrement concentrée sur ses torts, sans jamais prendre le temps de réfléchir aux miens.
- Je me suis excusée, marmonnai-je peu ravie d'être prise à mon propre piège.
- La première fois c'est vrai. Ce soir pas tellement. Vous êtes partie sans me prévenir.
- J'ai chargé Florian de le faire, me défendis-je.
- Florian ?
- Le serveur.
- Sans me prévenir vous même, précisa-t-il.
- Désolée.
- Vos excuses ne m'intéressent pas.
L'ambiance, jusque là légère, redevint tendue.
- Et qu'est-ce qui vous intéresse ?
Il se gratta le menton, son attention rivée sur moi. Appréhensive, je me raidis et serrai le coussin un peu plus fort.
- La raison de vos retards, répondit-il avec aplomb, l'acier de ses iris écrasant le cuivre des miens.
- La raison ? Qui vous dit qu'il n'y en a qu'une seule ?
- Une intuition. J'ai tort ?
Il avait vu juste. Je n'étais cependant pas prête à lui donner satisfaction. La quiétude triomphante qui animait ses traits irritait mon esprit de contradiction.
- Je répondrai à votre question si vous répondez à la mienne.
Intrigué, il me fit signe de poursuivre.
- Au gala, je ne vous ai jamais dit mon nom. Comment m'avez-vous retrouvé ?
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Déboires chroniques
RomanceLa vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Les espoirs, les idéaux, l'utopie que notre esprit engendre sont mis à mal par les épreuves jalonnant notre chemin. La solidité des liens amicaux et amoureux est testée durant ces épreuves. Jena, ét...
