Partie 88 : Ami, ami ?

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- ALORS ?!

La clarté de ses iris était perturbante. Rivés sur moi, en quête d'une réponse qui tardait à venir. Aurélie étreignit un peu plus fermement son coussin.

- Mon dieu je vais la tuer cette fille ! , s'exclama Sanaa.

Exaspérée, les bras en l'air, elle était prête à récupérer, de gré ou de force, la précieuse information. Petite mais énergique voire vindicative, mieux valait ne pas se la mettre à dos.

- C'est BON !! , confirmai-je.
- Mais non ? , rétorqua-t-elle méfiante.
- Mais si !
- T'es sûre ?
- Pour qui tu me prends ?
- Paniquée comme tu es, on sait jamais ...

Aurélie, ravie, sautillait sur place.

- Moi paniquée ?, niai-je.
- Toi la reine de la panique oui !
- Ça c'est vrai, confirma la sauterelle du jour.
- Tu fais une crise de démence ? demandai-je captivée par les mouvements hasardeux de ses hanches.
- C'est la danse de la joie !
- J'arrive pas à y croire, reprit Sanaa, après tout ce temps...
- Les miracles existent !
- Abusez pas non plus.
- T'as tellement lutté.
- Ça va, pas à ce point..., tempérai-je.
- Excuse ? T'as besoin qu'on te refasse l'historique ? , proposa Sanaa.
- Ça ira merci. Je connais bien ma vie. Il paraît même que je l'ai vécu...

Je me tortillais les doigts, croisais puis décroisais mes jambes, réajustais mon bassin à la recherche d'une position plus confortable.

- Y a juste un petit hic.
- Je le savais ! , s'insurgea Sanaa.
- C'était trop beau ! , renchérit Aurélie.

Figée en plein élan, suspendue à mes lèvres, elle craignait la mauvaise nouvelle.

- Rien de grave !

Je me voulais rassurante mais n'obtins clairement pas l'effet escompté.

- Accouche, s'impatienta Sanaa.
- Florian...

Les doigts crispés, les sourcils froncés, une veine apparente sur la tempe droite...

- Florian ... ? , répéta-t-elle.
- Florian a entendu parlé de nos plans et s'est, plus ou moins, incrusté...
- Les plans que tu viens toi même de nous confirmer il y a littéralement dix secondes.

Le ton sec et cassant de Sanaa ne présageait rien se bon.

- J'étais trop contente d'apprendre que j'avais suffisamment épargné pour partir une semaine avec vous. Il m'a appelé au même moment ...
- Oh mais on voulait y aller entre filles ! , protesta Aurélie en se laissant lourdement retomber sur le fauteuil.
- Ça fait des mois qu'on en parle.

J'étais mal. Très mal. J'aurais dû dire non. Pourquoi l'avais-je laissée m'embobiner ? Guesdes, me souffla ma voix intérieur. Tu cherchais un garde-fou, non ? Oui mais à quel prix ?

- Je sais, je sais. Je suis DÉ-SO-LÉE...

La longue et profonde expiration qu'émit Sanaa m'acheva.

- Ça sera sans moi, déclara-t-elle.
- Arrête tes bêtises , répliqua aussitôt Aurélie.

Elle était en colère. Comment la blâmer ? J'étais fautive sur toute la ligne.

- C'est déjà compliqué avec Hassan en ce moment. S'il apprend que j'ai passé une semaine à Miami avec un mec ...

Pincement au cœur. Hassan. Je n'y avais pas pensé.

- Dis lui que c'est le mec de Jena !
- Euh ouai si ça peut aider.
- Et puis c'est pas loin d'être vrai.
- Ouai enfin... , objectai-je.
- Prophétie auto-réalisatrice !
- Aurélie...

Le sourire qu'elle afficha accentua les rondeurs de ses joues.
- Oui ?
- T'as pris tes cachets aujourd'hui?
- Oh j'ai une idée ! , reprit-elle en ignorant complètement ma boutade.

Elle balança ses jambes par dessus l'accoudoir avant de poursuivre :

- On laisse tomber le girl trip...
- C'est déjà fait. Merci Jena, l'interrompit Sanaa.
- Et on invite Hassan.
- Pardon ?

Les jambes en tailleur, elle pencha légèrement son buste vers l'instigatrice.

- C'est l'occasion rêvée de donner un nouveau souffle à votre couple, s'expliqua cette dernière.
- Sans passer par la case mariage, complétai-je séduite par l'idée.

Silence. Elle semblait envisager la chose.

- Ok à une condition, reprit-elle après ce qui me sembla être une éternité.
- Laquelle ? , m'enquis-je.
- Alexandre, Hannah et Isaac sont du voyage.
- Vendu ! , répondis-je instamment trop heureuse de m'en sortir à si bon compte.
- Veto pour Alexandre.

Sanaa s'installa sur le bord du canapé et dégaina sa plus sérieuse expression.

- C'est ça ou vous partez sans moi, asséna-t-elle.

Elles s'affrontèrent du regard un moment avant qu'Aurélie déclare forfait.

- S'il le faut..., soupira-t-elle.
Je quittai le sol sur lequel j'étais avachie pour enlacer, tour à tour, mes bienfaitrices.

- Merci !!!!

Soulagement, reconnaissance et joie.

- On va à Miami ! , m'écriai-je enfin.
- On va a Miami ! , reprirent-elles en chœur.

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