Partie 79 : danse interminable

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- Je fais quoi ?
- Comment ça tu fais quoi ?
- Va-y !
- Aurelie arrête de dire des bêtises ! N'y va pas.
- Laisse-la vivre un peu. N'écoute pas cette rabat-joie.
- T'étais pas Team Grey* ? , rétorqua Sanaa.
- Moi je suis team Jena !
- Ba si t'es team Jena pourquoi tu l'encourages à foncer dans le mur ?
- Mais pas du tout. Je veux qu'elle s'amuse.
- Euh les filles ... Je dois y être dans dix minutes vous pouvez vous décider ...
- Qu'est-ce que t'as envie de faire toi ? , me questionna Sanaa.
- Je réajustais mes écouteurs et soupirais.
- Je sais pas. L'idée qu'il me voit à moitié nu me met très mal à l'aise.
- À moitié nu, la drama queen. T'es juste en maillot de bain ! tempéra Aurélie.
- Deux pièces quand même..., fit remarquer Sanaa.
- Excuse-moi tu portes quoi à la plage toi ?
- Mais elle va pas à la plage là.
- Jacuzzi, same shit. T'as absolument aucune gêne à avoir ! Profite un peu de la vie. Détends toi. C'est un moment sympa passé avec un mec sympa. Cherche pas plus loin.
- Va-y écoute Madame "je suis amoureuse de Alexandre mais je préfère prétendre le contraire". Amitié améliorée mon œil oui !
- Oh ! Tu préfères suivre les conseils de Madame "je veux pas me marier mais je sais pas dire non". J'ai hâte d'assister à ton mariage forcé.

Mon ricanement interrompit leur joute verbale.

- Rigole mais t'es pas mieux que nous Madame "sainte nitouche qui craque pour son mentor mais refuse de l'admettre".
- Eh ! Je vous ai appelé pour avoir des conseils pas me faire tacler !
- Ok coupons la poire en deux, lança Sanaa.

Les cris des jumeaux en fond sonore m'arrachèrent une grimace.

- Les petits sont encore en train de se battre ? , demandai-je.
- Il s'embrouille pour la tablette. Je vais pas tarder à la confisquer si ça continue !

La menace formulée d'une voix forte et sévère calma aussitôt la dispute.

- Tu disais ? , reprit Aurelie.
- T'as amené avec toi ton une pièce vert ? me questionna Sanaa.
- Oui.
- T'as qu'à le mettre avec un short de bain.
- J'ai pas de short de bain.
- Ton pseudo short pyjama.
- Mon pseudo pyjama ?
- Celui que t'as piqué a ...

Lourd silence. Oh celui là. Le sien. Je l'emmenai effectivement partout et le mettais souvent pour dormir. Cette pensée me rendit aussitôt mélancolique. Aurelie vint à la rescousse de Sanaa.

- Bref tu vois de quel short on parle.
- Bonne idée, répondis-je d'une petite voix.

Mes inquiétudes me parurent, à l'évocation de ce short, futiles.

- Ça va aller ? , s'inquiéta Sanaa.
- Oui totalement ! Merci les filles ! Je rentre ce soir. On essaie de se voir dans la semaine ?
- Oui
- Y a intérêt ! , renchérit Aurelie.
- N'oublie pas de nous balancer les détails de ton date.
- C'est pas un date.
- Toi et Aurélie vous êtes vraiment les spécialistes du déni.

La remarque déclencha un rire qui rassura mes amies. L'impair de Sanaa était oublié. J'allais bien.

- Lui saute pas dessus hein ! , me taquina Aurelia.
- Amuse toi avec modération.
- Haha très drôle, ironisai-je avant de raccrocher.

Le maillot enfilé, j'inspectai mon corps à la recherche de zones mal épilées. RAS. Je récupérai de mon sac de voyage le fameux short et l'étendis sur le lit. Je restais là un moment à l'observer. Indécise. Extirpée de ma contemplation par le bruit d'un poing heurtant doucement ma porte, je boutonnai ma robe avant d'accueillir le mystérieux visiteur.

- Je dérange ?
- Non. Enfin si.
- Je voulais te proposer une balade en forêt.

Costume bleu marine, chemise blanche. cravate rouge légèrement dénouée.

- Habillé comme ça ?

Les commissures de ses lèvres, étirées, firent apparaitre une fossette au coin de chaque joue.

- J'étais avec un client.

Il promena ses yeux sur mon corps analysant, à son tour, ma tenue.

- Tu as quelque chose de prévu ?
- J'ai remporté hier une heure de jaccuzi.
- Privatisé ?

J'acquiesçai.

- Tu ne peux pas y aller plus tard ?
- Je me dandinais de gêne.
- Pas vraiment.

Son regard se fit plus scrutateur.

- Pourquoi ?
- On m'attend.
- "On" ?

Il se montrait insistant.

- Florian...

Il quitta le coin de la porte sur lequel il s'était appuyé.

- Il n'est pas censé travailler ?

Le ton chaleureux jusqu'ici emprunté avait disparu. Posture droite et rigide, masque d'indifférence. Un pas en avant, dix pas en arrière...

- C'est un ami. On s'entend bien. Il a proposé de se joindre à moi...
- Et tu as dit oui ?
- Pourquoi je dirais non ?

Il s'apprêtait à répondre mais se ravisa. Ma question rhétorique avait touché une corde sensible. Laquelle ? Aucune idée. Ses épaules s'affaissèrent, il glissa une main dans ses cheveux, se décoiffant au passage. Il avait à présent l'expression de quelqu'un qui venait de commettre une bêtise, en prenait conscience et s'en distanciait.

- Pour rien. Je vais prendre une douche et occuper mon temps autrement. Amuse-toi bien.

Le réaction de Guesdes me laissa un sentiment étrange. Un malaise suffisamment important pour qu'il m'amène à saisir sa main avant qu'il ne s'éloigne.

- Noah.

Ce contact anodin, simple, routinier même pour des amis me semblait, nous concernant, intime. Regrettant mon geste, je m'apprêtais à retirer ma main mais il encercla mes doigts. Je ne savais pas quoi dire. Je ne savais pas quoi faire. J'étais incapable de lire cette situation. Encore moins de la comprendre. Il perçut mon trouble. Le coin droit de sa bouche tiré vers le haut, il posa ses pupilles sur nos mains entremêlées puis sur moi. Ne pas rougir. Ne surtout pas rougir. Reste digne Jena.

- Ce soir. À 19h Retrouve-moi à l'entrée de la forêt.
- On est censé quitter les lieux a 19h.
- Laisse ton sac à Hugo. Il le déposera dans ma voiture et rejoins-moi.

Il laissa retomber sa main le long de son corps avant d'ajouter :

- Et non je ne prévois pas de te tuer ou de t'enterrer vivante dans cette forêt.
- M'enterrer vivante ? Je rêve ou t'y as déjà pensé?
- C'est pas l'envie qui manque ...

J'émis un petit bruit d'indignation.

- Hugo témoignera en ma faveur ! La perpétuité t'attend Guesdes !
- N'en sois pas si sûr, me lança-t-il le dos tourné.

Je réintégrai ma chambre. L'empreinte de ses doigts sur les miens toujours perceptible, j'essayais de reprendre mes esprits, de donner un sens à ce qui venait de se passer.

SMS [Tu me rejoins ? Flo. aka le sauveur de ses dames]


*Christian Grey, personnage du best-seller "50 nuances de Grey".

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