J'étais épuisée. Les partiels de mi-semestre avaient commencé lundi. Je comptais les jours avant la délivrance. Tout mon temps libre était consacré aux révisions. Toutes mes nuits à l'angoisse. J'étais incapable de penser à autre chose ou, simplement, de ne plus penser.
La dette de sommeil que j'avais contractée ne faisait que croître. Je relisais mes cours, testais mes connaissances jusque tard dans la soirée. Quand je me décidais enfin à me coucher, impossible de déconnecter. Je me tournai encore et encore dans mon lit, le corps épuisé mais l'esprit incapable de s'arrêter. Les dates, les arrêts de juridictions, les plans de dissertation tournaient en boucle. J'imaginais la feuille blanche, la panne d'inspiration, l'oubli. Je craignais le sujet trop complexe pour être traité efficacement ou celui que je n'aurais pas eu le temps de préparer.
Tout était source d'anxiété. Je ne parvenais plus à avaler grand chose. Je survivais en ingurgitant des repas frugaux et des litres de thé ou café. Je n'avais pas fière allure. Mais c'était le cadet de mes soucis. Un sweat-shirt, un jogging, un chignon qui penchait dangereusement à droite, des cernes à faire pâlir les morts. J'étais nauséeuse. Ces examens accaparaient toute mon attention.
Je ne m'attendais donc pas à découvrir Noah sur le pas de ma porte. Rien de bien étonnant pourtant. Nous étions mercredi. J'avais juste oublié. Complètement oublié. Regrettant amèrement de ne pas avoir pensé à annuler notre rendez-vous, je l'invitai, à contre coeur, à entrer. Sa venue bousculait sérieusement mon programme. Les deux heures que j'allais passer avec lui étaient des heures précieuses qu'il me faudrait rattraper plus tard. Deux heures durant lesquelles j'aurais pu m'avancer.
J'avais deux épreuves écrites demain. Je voulais relire l'intégralité de mes fiches. Certaines notions me posaient encore quelques difficultés. J'espérais les avoir assimilées avant ce soir. La présence de Guesdes compromettait ma préparation et aggravait mon humeur. Il n'avait pas tardé à le remarquer.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien.
Il rejoignit la cuisine, s'installa sur le tabouret du bar et se pencha légèrement sur le comptoir. Le dos droit, les sourcils froncés, il me dévisageait avec perplexité. J'étais crispée. Les paupières lourdes de fatigue, l'estomac noué, je me traînai jusqu'à lui. Il garda le silence. La fenêtre du salon donnait sur un ciel grisâtre que je trouvais étonnamment relaxant. Je me laissai absorber par ce spectacle, jusqu'à ce que la voix grave de Guesdes me ramène à la réalité.
- Tu n'as pas dormi depuis combien de temps ?
- Je sais pas... Quelques nuits, répondis-je le regard toujours dans le vague.
- Pourquoi ?
C'était une bonne question. Pourquoi me mettais-je autant la pression ? Je m'en étais plutôt bien sortie ces trois derniers jours. Pourquoi ne parvenais-je pas à me détendre ? Je voyais bien que mon état n'était pas aidant. J'avais de plus en plus de mal à me concentrer ou à retenir quoi que ce soit.
- Jena ...
- Hum ?
- Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta-t-il.
- Je me sens pas très bien. On peut faire ça un autre jour ?
Je commençais à avoir le tournis. J'aurais peut-être dû caser une sieste et lever le pied sur le café.
- Non.
- Non ?
- Non.
La réponse était sans appel. Sans explication non plus.
- T'es sérieux ?
- Très.
Le corps tendu, le visage impassible, il m'examinait. Je n'avais pas besoin de ça. Pas maintenant.
- Je te promets de me rattraper, négociai-je.
Il croisa les bras, ancra un peu plus ses pieds au sol et signala son refus d'un simple hochement de tête.
Ça n'allait pas. Ça n'allait vraiment pas.
Je me précipitai dans la salle de bain au bout du couloir. Je claquai la porte derrière moi, m'agenouillai et déversai le contenu de mon estomac, c'est à dire pas grand chose, dans les toilettes. Mes doigts agrippèrent la cuvette de part et d'autre. Les yeux embués de larmes, l'oesophage irrité, vidée, je tirai la chasse d'eau avant de me laisser lourdement retomber par terre. Dos au mur, le souffle court j'étais ... apaisée. Je n'étais plus autant indisposée.
Les contractions dont souffrait mon estomac avec laissé place à une légère brûlure. Les battements affolés de mon coeur avaient retrouvé un rythme régulier. Le soulagement était éphémère. Bientôt un stress intense tenaillerait à nouveau mes entrailles. Pour le tempérer il me fallait réviser sans relâche. La moindre minute passée à faire autre chose ne ferait qu'accentuer mon mal-être.
Les dents et la langue brossées, le visage aspergé d'eau, je regagnai le salon. Il n'était plus là. Guesdes était parti. Cette information me heurta de plein fouet. Gagnée par la honte puis la colère, j'inspirai profondément. Une larme s'échappa de mon œil droit. Je m'empressai de l'essuyer. J'aspirai une nouvelle bouffée d'oxygène. Calme. Rester calme. Qu'il aille au diable, lui ses fossettes, ses injonctions et son sale caractère !
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Déboires chroniques
RomanceLa vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Les espoirs, les idéaux, l'utopie que notre esprit engendre sont mis à mal par les épreuves jalonnant notre chemin. La solidité des liens amicaux et amoureux est testée durant ces épreuves. Jena, ét...
