Je tendis à Sherine un verre d'eau et me préparai le café dont j'avais grand besoin. La soirée d'hier avait été éprouvante et la matinée menaçait de l'être tout autant. Installée sur le canapé, elle essuyait ses joues tâchées de larmes et mascara. Je fis chauffer le lait tandis qu'elle patientait, pour une fois, en silence. Je versai le latte dans deux tasses que je posai, avec la sucrière, sur la table basse du salon. Assise à bonne distance de ma visiteuse impromptue, j'entamai l'un des muffins servi quelques secondes plus tôt. Je la regardai sans dire un mot. J'avais peur de mettre, à nouveau, les pieds dans le plat. J'appréhendais également sa réaction. Etait-elle venue en découdre ? Elle portait toujours sa robe de soirée. J'en déduisis qu'elle n'était pas rentrée chez elle cette nuit.
- Tu avais rai... raison.
Elle peinait à achever sa phrase. Un sanglot lui nouait la gorge. Elle tentait de contenir ses tremblements. Je me rapprochai et lui tapotai l'épaule. Je n'avais jamais été très douée pour ce genre de choses. J'espérais malgré tout pouvoir lui apporter un peu de réconfort. Je culpabilisais d'être à l'origine de son mal-être.
- J'aurais aimé avoir tort.
- Vraiment ?, demanda-t-elle la voix empli d'amertume.
- Vraiment.
Je lui tendis la boisson chaude. Elle l'a bu sans protester. Après ce qui me semblait être une éternité, elle s'expliqua.
- Je m'en doutais. Mais je voulais pas y croire. Je voulais pas croire qu'il était pas mieux que les autres.
J'avais toujours pensé que la dépendance de Sherine aux hommes était malsaine. Mais une partie de moi ne pouvait s'empêcher d'être admirative. Elle plaisait. Elle avait cette foi en l'autre qui l'amenait à s'investir inlassablement dans une nouvelle relation et à donner sa confiance sans contrepartie. J'étais, sur ce point, son exact opposé. Incapable de sortir de ma zone de confort, je doutais constamment de mes choix et l'idée de m'attacher à quelqu'un m'effrayait plus que je n'osais l'admettre.
- Il refusait que je touche son portable. Il disparaissait des heures, voire des jours, sans donner de nouvelles. Mais je pensais que c'était juste parce qu'il avait besoin de souffler un peu. Tu vois ?
J'acquiesçai.
- Je suis allée chez lui. Après le gala. D'habitude je le préviens toujours quand je passe le voir. J'ai pas pensé à le faire cette fois. J'ai sonné et...
Elle s'interrompit, les yeux s'embués de larmes. Elle n'avait pas besoin de finir. J'imaginais assez bien la suite.
- Il ne te mérite pas. C'est un sale con !
Elle approuva d'un léger hochement de tête.
- Un con que j'aime, murmura-t-elle.
Je soupirai. Je craignais qu'il n'essaie de la reconquérir et y parvienne sans trop de difficulté. Je passais l'heure suivante à regonfler son estime. Vidée, les paupières lourdes et frémissantes, elle s'allongea sur le canapé. Je rabattis le plaid du dossier sur elle. Rapidement le sommeil l'emporta, lui offrant enfin le répit dont elle avait cruellement besoin.
11 heures. J'avais deux travaux à rendre la semaine prochaine et je n'avais toujours pas commencé... Le stress montait déjà.
Hannah n'avait pas fait d'apparition. J'en conclus qu'elle était sortie bien avant que je me lève.
Plus de temps à perdre. Le pression des échéances rapprochées me crispait déjà. Je me mis aussitôt à préparer mon exposé sur l'Union européenne. Les doigts rivés sur le clavier, je plongeai dans les recherches ne m'arrêtant que lorsque que j'eus esquissé un plan. Satisfaite, je détachai enfin mon regard de l'ordinateur. 14 heures. Sherine dormait toujours. Je décidais, avant d'aller me doucher, de consulter mes mails. L'un d'eux retint mon attention. Un message de l'université que j'attendais depuis plusieurs semaines.
Objet : RAPPEL | RDV MENTORAT
" Mademoiselle Abbad,
Comme vous le savez, la participation au mentorat est une condition obligatoire à la validation de votre année. Le mentorat doit être assuré par un professionnel volontaire, en mesure de vous suivre durant quatre mois et remplissant les conditions exigées par le règlement, ci-joint.
Un mentor vous a été attribué. Merci de bien vouloir vous rendre le mardi 26 février en salle B204 pour une première rencontre.
Bien cordialement,
Le service carrière."
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Déboires chroniques
RomanceLa vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Les espoirs, les idéaux, l'utopie que notre esprit engendre sont mis à mal par les épreuves jalonnant notre chemin. La solidité des liens amicaux et amoureux est testée durant ces épreuves. Jena, ét...
