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Oviya s'en rappelait comme si c'était arrivé hier.
Au premier regard, elle avait su qu'il partirait à la poubelle.
Ou plutôt, elle avait hésité entre le balancer à la benne, le broyer, ou encore le dissoudre dans une baignoire à l'aide d'acide sulfurique comme dans Breaking Bad.
Quoi qu'il en soit, la jeune femme cloîtrée ne voulait pas de cet être dans son existence.
Ni même l'abandonner à quelque âme charitable, qui choisirait de l'élever comme son enfant comme de le donner à adopter.
Peut-être même de le maltraiter, d'en faire, au choix selon son caractère, un être faible ou au contraire, une boule de haine portée à la vengeance...
Oviya n'allait faire aucun de ses choix potentiellement bénéfiques pour l'enfant.
Celui-ci, elle l'avait malgré elle porté en son être, nourri avant de le libérer, complet, en bonne santé et prêt à démarrer son existence pour de vrai.
Néanmoins, lorsqu'il avait hurlé à pleins poumons, ensanglanté et enrobé du cordon ombilical, tout violet et bien laid, elle s'était résolue à le nourrir.
Non pas pas pitié, et certainement pas par amour.
Simplement pour qu'il la ferme, sa petite et pourtant extraordinairement bruyante cavité buccale sans dent.
Pendant qu'il tétait sur ce corps qui le détestait, sa mère repensait aux circonstances de sa naissance.
Le père, elle ne pouvait réellement savoir qui il était.
À vrai dire, elle préférait ne jamais le savoir.
Tout ce qui lui avait importé, lorsque l'horrible créature fripée et non désirée s'était endormie peu après, c'était qu'il fallait absolument qu'elle trouve un moyen de s'en débarrasser.
Hors de question de se taper un énième boulet, déjà qu'elle dormait assez mal.
Sa vie s'était arrêtée du jour au lendemain à la suite d'un rare accident.
Non pas une collision avec un véhicule terrestre à moteur.
Ce genre d'événements, elle l'aurait certainement préféré.
En l'occurrence, Oviya rentrait tranquillement chez elle de nuit après une sombre escapade quand deux hommes la surprirent non loin d'une ruelle avant de l'enfermer dans le coffre d'une voiture.
À la suite de quoi, elle exerça malgré elle l'exact métier en à peine moins glorieux - rémunéré - que toute candidate de télé-réalité était tôt ou tard amenée à effectuer.
De surcroît, à la grande similarité de ces énergumènes célèbres sur internet, la jeune femme s'était retrouvée à porter la reproduction de l'un de ses clients.
De ce fait, ce fut tout naturellement qu'alors qu'elle venait juste de comprendre que ses menstruations ne reviendraient pas de sitôt, elle choisit de lui donner puis de reprendre la vie.
Ce jour-ci demeurait néanmoins une case noire dans son calendrier.
Toutefois, pas pour la raison qu'il aurait facilement pu être imaginé.
Effectivement, alors qu'elle croyait son sort jeté, un médecin se présenta peu après à son chevet.
Prévenu par l'un des pères potentiels de son enfant - pas l'un de ceux qui la séquestraient -, un docteur était venu s'assurer des conditions de santé de la mère et de l'enfant récemment nés.
Néanmoins, on ne pouvait dire qu'il n'avait pas été surpris.
Si l'état de fatigue et les draps souillés de la mère laissaient peu de doute quant aux derniers évènements, l'absence de bébé fit craindre le pire au médecin.
Il appela alors les autorités compétentes, qui découvrirent bientôt le nouveau-né au crâne explosé dans un sac poubelle de la lugubre maison.
Si dans un premier temps, la mère enfin libérée de ses ravisseurs et agresseurs affirma que l'enfant était mort-né, ses conditions d'existence couplées aux blessures du bébé mirent fin aux doutes relatifs à son innocence.
Seule dans une énième cellule, Oviya imagina ce qu'il en serait de sa vie aujourd'hui sans cette réaction.
Mais également, si sa curieuse idée d'accepter de cambrioler la maison d'un couple inconnus manifestement peu fréquentables mais fortement enclin aux représailles n'était pas née.