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Henri était lassé de sa vie d'esclave.
Esclave et non employé, auto-entrepreneur ou encore chef d'entreprise dotée de salariés, car en son cas, lorsque venait la fin de mois, non seulement il ne lui restait pas le moindre centime mais en plus, il était à découvert.
Le jeune homme était désormais âgé d'une trentaine d'années.
Ancien élève perturbateur devenu déscolarisé au cours de son année de terminale, où il avait enfin compris qu'en quinze années de tentatives d'éducation, même un bac pro vente lui était intellectuellement inaccessible...
Parce que ses père et mère le menaçaient de le jeter à la rue s'il ne se dépêchait pas de contribuer au paiement du loyer, Henri avait donc fini par dénicher son premier petit boulot.
Pas franchement fameux, ses longues journées de sept heures de travail sous-payées se limitaient à enfoncer des antivols dans des petits cartons remplis chacun d'un flacon de parfum.
Lorsqu'il observait, discutait avec les anciens et surtout anciennes, le jeune homme sur la voie de l'amélioration comprenait de façon abstraite en quoi il avait grand intérêt à aller regarder comme l'herbe était bien plus verte ailleurs...
Toutefois, la facilité l'attrapa à la gorge, le maintint plus d'une dizaine d'années coincées dans ce genre de métiers pour main d'œuvre non qualifiées.
Henri était faible, beaucoup trop pour se libérer de ce carcan de pseudo-facilité.
Il voyait de loin les bleus découvrir le monde du travail alimentaire à la sortie du lycée, puis quitter dégoutés cette opportunité d'être surexploité qui, étrangement ne manquait jamais de demandes...
Le désormais trentenaire se voilait alors la face : lui, avec ses primes et autres augmentations dues à son ancienneté de dix ans, avait fait le meilleur choix en l'embrassant.
Mais en réalité, Henri savait au fond de lui ce qu'il en était.
Sa vie ressemblait à un pur cauchemar, pour tout adulte sorti définitivement du système scolaire et à la recherche d'une évolution positive de son niveau de vie.
Au vu de l'inflation galopante, on pouvait difficilement qualifier les rares compensations d'employé attribuées à l'ouvrier d'« avantages ».
Bien au contraire, ils s'apparentaient nettement plus à des chaînes déguisées en médailles qu'autre chose.
Qui plus est, la routine, la fatigue et les nouvelles fréquentations avaient donné de bien néfastes habitudes à Henri.
En effet, le trentenaire qui en faisait prématurément près de cinquante s'était découvert une passion pour la boisson.
Il l'aimait forte, corsée, infecte et la moins coupée possible.
Au départ, il buvait en soirée chez ses collègues.
Puis au bar.
À la fin, le manutentionnaire s'était même mis à consommer seul chez lui, le soir, quand le chien et le chat étaient partis au lit.
D'abord un verre par-ci par-là, lorsqu'il n'avait pas le moral.
Le souci étant qu'en trois-huit, dans un métier rébarbatif qui lui avait déjà déclenché des problèmes au dos, aux épaules et au poignet, en plus des habituels soucis de sommeil liés au changement hebdomadaire de rythme...