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Skander marchait là sur les pas de Neven.
Il les avait repérées, ces traînées propres au passage d'une voiture, au beau milieu de la laie qu'il foulait.
Toujours avec son baluchon à la contenance macabre, l'homme d'origine albanaise sifflotait en retournant à la Décharge.
C'était une chose bien curieuse que de rentrer en ce pays.
D'un côté, il y serait exempté de l'éventualité d'être incarcéré.
Car bien évidemment, aucun individu dépositaire de l'autorité publique n'osait plus y mettre un pied.
C'était littéralement la déchèterie du pays, nul en dehors de ses détritus et de ses trophées n'y entrait jamais.
Sauf pour ne jamais en ressortir...
Néanmoins, même s'il s'avérait protégé de la répression bien qu'humaniste d'Helori V, en quittant son domaine et ses fiefs, sur ses terres reniées, un autre péril bien plus grand régnait.
Skander comme Neven ou Mathieu vivaient là-bas chez eux, mais ne dormaient jamais réellement sur leurs deux oreilles.
C'était impossible : les chasseurs de prime telles Maléna et Fany couraient les rues.
Sans compter le fait qu'en temps normal, la purge était l'apanage de tout un chacun.
Nul policier, gendarme ou juge ne se préoccupait de régler les affaires entre justiciables, car personne n'avait réellement de droits.
Dans ce coin, comme dans toute jungle, c'était la loi du plus fort qui permettait à certains de survivre, et aux autres de périr.
L'espérance de vie était fort basse, car de surcroît la médecine n'était pratiquée que par quelques exceptions.
Celles-ci étaient généralement protégées par les rares puissants du duché dénié par la royauté et pour y accéder, il fallait payer un lourd tribut au chef du groupe dont il était question.
De ce fait, ce mode de fonctionnement accroissait la criminalité.
Afin de soigner l'un de ses rares proches malades, certains acceptaient de rejoindre de petites organisations aux pratiques peu louables moralement.
La plupart du temps, ces recrues ne faisaient pas long feu.
La loyauté n'existait pas non plus beaucoup au sein de la Décharge, là-bas la priorité consistait à se maintenir en vie.
Les sœurs Ciarati en avaient elles-mêmes fait les frais...
Cependant, heureusement pour elle, ce fut l'une des rares bonnes âmes - en comparaison des autres - du coin, qui avait acheté chacune leur tour les deux bébés d'une fille publique.
Qui, pour son plus grand malheur, avait échoué à avorter.
Cette dernière avait bien failli mourir lors de sa seconde tentative, suite à quoi la crainte de perdre sa misérable vie l'avait poussée à accoucher de cet enfant.
Avant de l'abandonner.
Dans tous les cas, il était acté que cette contrée était socialement nettement à part du reste du royaume.
Même en étant un minimum préservée, aucune rose ne pouvait pousser parmi ces orties.
En tout cas, c'était ce que pensait chacun des adultes et enfants doués de discernement, de leurs pairs.
Ils étaient tous mauvais, à leur manière.
Évidemment, de vaines tentatives de mise en place d'une forme de puissance publique subsidiaire avaient été tentées.
Soit dans l'espoir de donner envie au palais de tourner la tête en leur direction.
Soit dans l'objectif d'effectuer une forme de coup d'État.
Toutefois, il était improbable de modifier à cette échelle une zone ne connaissant pas grand-chose d'autres que le chaos et l'anarchie.